vendredi 5 octobre 2018

les élites françaises ont fermé les yeux sur l'islamisation du pays, Yves Mamou

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face à l'islamisme, nos élites ont trahi

 

 

les élites françaises ont fermé les yeux

sur l'islamisation du pays

Yves Mamou

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Alors que l'existence de tensions communautaires a été reconnue par Gérard Collomb lui-même, le journaliste Yves Mamou accuse les élites françaises de s'être coupablement désintéressées de l'immigration, et d'avoir fermé les yeux sur l'islamisation du pays.

 

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Yves Mamou est un ancien journaliste du Monde. Il a également collaboré au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune. Collaborateur régulier du site américain The Gatestone Insitute, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Hezbollah, dernier acte (éd. Plein jour, 2013) et Le Grand abandon. Les élites françaises et l'islamisme (éd. L'Artilleur), paru le 25 septembre 2018.

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Selon vous, l'immigration et l'islamisation auraient pour conséquence d'empêcher les Français de «faire nation» ? Quel lien faites-vous entre la supposée émergence perturbatrice de l'islam et la supposée désagrégation de la nation française ?

Yves MAMOU - Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J'ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer.

Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l'Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd'hui en France engendre un risque d'affrontement. Nous sommes aujourd'hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l'homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie.

 

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du "côte à côte" au "face à face"

Gérard Collomb est partie prenante de l'élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L'avertissement aurait eu plus de force s'il avait été proféré par un ministre en exercice. L'avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l'ont même pas repris.

La guerre civile se définit comme le déchirement d'une nation. Je ne sais pas si cette guerre aura lieu, mais il m'a semblé utile de m'interroger sur la présence de deux nations sur le même territoire national. Parfois, ce sont des frontières mal tracées qui créent les conditions d'un affrontement entre deux nations.

Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d'une politique. Les élites françaises, c'est-à-dire les grands corps de l'État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant - et encore aujourd'hui - encouragé et légitimé l'immigration musulmane.

Cette préférence des élites pour l'islam a produit un fossé abyssal entre la France d'en haut et la France d'en bas.

Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène : la majorité de la population française témoigne à l'égard de sa classe politique d'une gamme de sentiments qui va de l'écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l'indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société ? Sur l'islam jugé trop invasif et l'immigration jugée excessive.

Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l'armée et la police qui jouissent d'un taux de confiance de près de 80 %.

 

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Peut-être, mais est-ce suffisant pour affirmer comme vous le faites que l'islamisme et l'immigrationnisme ont été voulus, théorisés, écrits et préparés à l'avance ?

L'immigration a été voulue et organisée, mais l'islamisation de cette immigration n'était sans doute pas inscrite au menu. Si l'immigration se poursuit malgré l'islamisation, c'est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu'elle leur est indifférente. Et c'est cette indifférence au risque de guerre civile que j'ai voulu souligner.

La constance avec laquelle le Conseil d'État a aidé à la constitution d'une nation islamique en France est sidérante.

Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d'État favorables à l'immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j'en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l'intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l'immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l'étrange aveuglement de l'Observatoire de la laïcité quand il est question d'islam et l'étrange sensibilité du Conseil supérieur de l'audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans.

 

Il existe bel et bien une préférence des

élites françaises pour l'islam

Tout ce que j'avance dans mon livre est sourcé. Le Grand Abandon est riche de plus de 700 notes et références. L'ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence : il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l'islam.

Ce qui nous ramène à votre première question. Ce n'est pas seulement l'islam qui empêche aujourd'hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - «L'antiracisme politique qui sévit aujourd'hui n'a jamais eu pour but de combattre le racisme.» Que voulez-vous dire ?

Je n'ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision.

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En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d'expliquer que l'antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste!

Ces quelques exemples permettent de situer la zone d'action de l'antiracisme : faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n'est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique.

Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l'État, par l'école où l'apprentissage de l'arabe est proposé aujourd'hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l'Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l'audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d'imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d'Hakim el Karoui ou l'association Coexister...

Le Grand Abandon démontre que l'antiracisme politique et le discours diversitaire n'ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d'une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes.

 

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique

Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L'un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d'origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d'État d'une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d'évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J'affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d'aujourd'hui.

 

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clip d'État d'une grande pureté idéologique

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Quand vous parlez des «élites», qui désignez-vous exactement? Peut-on mettre tous les responsables politiques, économiques, culturels, médiatiques… dans le même panier ?

Mon livre passe en revue les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l'université, l'école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble».

J'ai déjà évoqué le cas du Conseil d'État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L'écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l'importation en Allemagne d'une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l'immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d'expression des Zemmour et Bensoussan… etc.

J'ai 600 pages d'exemples et de logiques qui s'emboîtent les unes dans les autres et qui tous ensemble concourent à une révolution, «par le haut».

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s'agit d'une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd'hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l'avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l'origine du plus grand casse du siècle, lequel s'avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit ? Je crains que seul l'islamisme soit à même de tirer les marrons du feu.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Les politiques ont selon vous une responsabilité toute particulière dans la diffusion de l'islamisme. Tous, y compris le Front national, pourquoi ?

Le Front national a joué les repoussoirs. Par sa seule présence, le Front national a empêché l'émergence de tout débat sérieux sur l'islam et l'immigration. Les éructations de Jean-Marie Le Pen toujours à la limite du racisme et de l'antisémitisme ont contribué au caractère hégémonique du discours antiraciste. Marine Le Pen a bien tenté de redresser l'image de son parti, mais le mal était fait. Et il dure encore.

Quant aux gouvernements de gauche, ils portent une responsabilité historique que j'expose dans Le Grand Abandon.

 

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l'islam-gauchisme porté par les élites politiques

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Vous reprochez aux politiques, notamment de gauche («islamo-gauchistes») leur clientélisme, mais vous le reconnaissez vous-même en introduction, les musulmans deviennent une composante à part entière de la population: il faut bien que des politiques leur parlent à eux aussi ?

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L'islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir.

 

En trente ans, la société française a quitté

un modèle laïque républicain pour être projetée

dans un modèle multiculturaliste, communautariste

et anti-laïque

Cette instrumentalisation de l'islam par la gauche a creusé la tombe de la laïcité. La laïcité non plus n'est pas un mot creux. C'est l'espace de la citoyenneté. Et la citoyenneté c'est l'espace du politique parce qu'il est débarrassé de tous les sujets qui ne prêtent pas à la discussion et à la négociation. Si la laïcité a cantonné la religion au domicile et aux lieux de culte, c'est précisément pour les sortir de l'espace politique. En réintroduisant la religion - et surtout la religion musulmane - dans l'espace de la politique, la gauche (mais aussi la droite) a disséminé les germes de la guerre civile.

 

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la religion musulmane introduite dans l'espace public

 

Une République laïque ne doit reconnaître que des citoyens et non des communautés, et moins encore des communautés religieuses. Penser comme le font nos élus de droite et de gauche que la République doit des mosquées aux musulmans est une erreur et une trahison. Une erreur parce qu'elle conforte le communautarisme et le sécessionnisme musulman. Et une trahison parce que ce que la République doit aux Français, quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau, ce sont des écoles, la liberté de pensée et d'expression.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Vous critiquez beaucoup aussi l'Église. Mais n'est-elle pas dans son rôle lorsqu'elle exprime une compassion à l'égard des migrants ? Faut-il toujours tout ramener à une vision politique ?

Le rôle des journalistes n'est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu'il faut «réparer» le lien abîmé entre l'Église et l'État, que croyez-vous qu'il fasse ?  Une bonne action ?

Non, il fait de la politique. Il s'adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d'une hémorragie de fidèles. Il lui dit : oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela ? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu'il appelle l'«Islam de France». Macron a besoin d'alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l'Église ?

 

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Macron au Collèges des Bernardins : il faut «réparer» le lien abîmé entre l'Église et l'État

 

Quant à la compassion de l'Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L'Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l'authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d'Orient, et elle n'a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l'État islamique. C'est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. J'essaye de montrer dans mon livre que la charité affichée de l'Église envers les musulmans est aussi une politique.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Quant aux médias, pour finir, vous y voyez des «falsificateurs de la vérité» ?

Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l'épidémie d'attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation.

Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l'ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l'agresseur et ses motivations. Comme s'il y avait une volonté d'anonymiser le «déséquilibré» ! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n'informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble».

Le Figaro-Vox, 5 octobre 2018

 

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Yves Mamou

 

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vendredi 10 août 2007

La justice italienne absout la charia en famille (journal Libération)

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La justice italienne absout la charia

en famille

Un père musulman acquitté malgré les violences infligées à sa fille Fatima

Eric JOZSEF

 


Libération, vendredi 10 août 2007

Les coups portés à Fatima, les mauvais traitements, la séquestration ? «Prouvés» reconnaît la Cour de cassation. Les juges italiens ont pourtant acquitté en fin de semaine dernière ses parents et son frère, d’origine maghrébine, provoquant un vif émoi dans la péninsule et relançant les polémiques sur la politique d’intégration du pays.

Déjà l’an passé, le meurtre d’une jeune Pakistanaise de Brescia, Hina Saleem, égorgée par son père parce qu’il ne tolérait plus son mode de vie «à l’occidentale», avait provoqué une forte indignation et une vague d’interrogations. Cette fois, l’affaire apparaît encore plus déconcertante. Car ce sont des magistrats qui ont estimé que les sévices subis par la jeune femme étaient en substance «pour son bien» et que ses parents souhaitaient, en toute bonne foi, la punir «pour son style de vie non conforme à leur culture».

Le cas de Fatima R., une adolescente musulmane de Bologne, avait été porté en 2003 devant le tribunal local. En première instance, ses parents avaient été condamnés pour séquestration et mauvais traitements. Avant que la cour d’appel ne renverse le jugement en 722septembre 2006. La semaine dernière, la Cour de cassation [ci-contre] a confirmé l’absolution. Les juges ont en effet considéré que la jeune fille avait été frappée «non pour des motifs vexatoires ou par mépris». Qui plus est, a estimé la cour, les violences n’étaient pas habituelles : son père ne l’aurait frappée «qu’à trois reprises durant toute sa vie», de surcroît au motif «que les comportements de la fille avaient été jugés incorrects».

«Automutilation». Le procureur de Bologne qui avait déposé un recours contre l’acquittement en appel a rappelé que Fatima avait été séquestrée et attachée à une chaise, «puis libérée uniquement pour être brutalement battue par ses parents, qui voulaient la punir de sa fréquentation avec un ami et plus généralement pour son style de vie». En vain. La Cour de cassation a jugé qu’aucun délit ne peut être relevé étant donné «qu’au cours des débats, il est apparu avec certitude que la jeune fille était terrorisée face aux possibles réactions de ses parents. Elle ne s’était pas rendue à son travail préférant retrouver un homme et avait en conséquence menacée de se suicider.» En clair, les juges ont conclu que son père, sa mère et son frère avaient été contraints de l’attacher pour éviter que l’adolescente ne commette des «actes d’automutilation».

«C’est une honte, s’insurge Souad Sbai [ci-contre], présidente demedium_souadbig2__133x198 l’Association des femmes marocaines en Italie, c’est une décision digne d’un pays arabe où serait en vigueur la charia. Au nom du multiculturalisme et du respect des traditions, les juges appliquent deux types de règles, l’une pour les Italiens, l’autre pour les immigrés. Un père catholique, qui se serait comporté de la sorte, aurait été durement condamné.»

Dans la classe politique aussi, la décision de la Cour de cassation a suscité désarroi et incompréhension. La ministre (centre gauche) pour l’Egalité des droits, Barbara Pollastrini, s’est déclarée «blessée» par la sentence et a admis «qu’il est urgent d’affronter la question de la tutelle et des droits de très nombreuses immigrées dans notre pays. Une adoption rapide de la loi contre la violence sur les femmes est nécessaire.» «Doit-on attendre que dix femmes soient lapidées sur la place publique pour que la politique se mobilise ?» s’est exclamée la parlementaire de droite, Daniela Santanché, qui vit depuis deux ans sous escorte après avoir été durement attaquée par un imam milanais, qui l’avait traitée «d’ignorante» pour ses positions en faveur de l’interdiction du voile islamique sur le modèle de la loi française. «Le verdict de la cassation légitime des systèmes éducatifs qui n’ont rien à voir avec notre culture et qui ne s’insèrent pas dans notre cadre institutionnel», a pour sa part expliqué la vice-présidente des parlementaires Verts, Luana Zanella.

Alors que l’Italie a connu tardivement le phénomène de l’immigration, «on constate une tolérance excessive envers certains comportements», estime néanmoins Souad Sbai, «à droite et encore plus à gauche, très souvent c’est le politically correct qui prévaut. Il faut faire respecter la loi italienne», insiste-t-elle. «Surtout en défense des femmes, investir de l’argent pour l’intégration des parents qui sont souvent illettrés, renforcer les centres d’accueil des femmes victimes de violences.» Le nombre de jeunes musulmanes battues par leurs parents parce qu’elles adoptent le mode de vie occidental et fréquentent des Italiens serait en forte augmentation. Le procès à l’encontre du père d’Hina Saleem, qui «ne voulait pas qu’elle devienne comme les autres», débutera en septembre. Mais selon l’Association des femmes marocaines, ce ne sont pas moins de neuf musulmanes qui auraient été retrouvées mortes en Italie, au cours de la dernière année, victimes des brutalités de leurs proches. Le problème est d’autant plus brûlant que certains responsables politiques soufflent sur les braises.

Fanatiques. Depuis des années, des parlementaires xénophobes de la Ligue du Nord mènent en particulier une croisade contre l’immigration musulmane. Lundi soir, devant la mosquée de Segrate, dans la banlieue de Milan, la voiture d’un imam a été incendiée par un cocktail Molotov. «C’est un épisode qui couronne les attaques que nous subissons depuis longtemps», a commenté l’imam modéré et président du centre islamique de Milan, Abu Shwaima. «On veut faire croire que toutes les mosquées sont des repaires de terroristes». Les risques de dérapage se multiplient. En juin, une jeune militante musulmane, Dounia Ettaib, a été agressée par deux fanatiques parce qu’elle manifestait en hommage à Hina Saleem.

Plus généralement, l’Association des femmes marocaines dénonce le nombre de plus en plus important de jeunes filles contraintes, «dès l’âge de 8 ou 12 ans», de porter le voile en public et celui d’adolescentes fuyant le domicile familial. «Nombre d’entre elles cherchent à trouver refuge en France», affirme Souad Sbai. Agée de 19 ans, Fatma R. se trouverait aujourd’hui dans un centre social accueillant les femmes battues.

Libération, 10 août 2007

 

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mardi 1 mai 2007

Identité française (Pascal Hilout)

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Identité française

Pascal HILOUT


Ce message a été publié en commentaire de l'article sur l'identité française (réponse à Laurent Lévy, avocat du MRAP). Son auteur anime un site : nouvel-islam.

Bonjour,

Il me semble que bien des bienveillants ou faisant semblant de l'être, comme M. Laurent Lévy, ne veulent pas admettre que l'identité nationale française a toujours eu quelques problèmes avec l'islam et son intégration au sein de cette même identité.

À mon sens, la France (comme l'Europe) est gréco-latine autant qu'elle est judéo-chrétienne. Certes, l'Afrique du Nord, mon aire d'origine, est judéo-islamique mais elle n'est absolument pas gréco-latine dans l'âme.

C'est dans le domaine esthétique que cela est patent : la présentation et la représentation de la beauté divine du nu est la caractéristique majeure qui sépare ce qu'il est convenu d'appeler Orient et Occident. Le voile est le révélateur, en négatif, de cette identité à nulle autre semblable. Les odalisques bien orientales sont aussi le fantasme occidental par excellence. Le couple Vénus-Apollon peuvent être choisis comme marqueur identitaire de l’Europe, comme pourrait être choisi le voile, ne laissant apparaître que les yeux de la femme, comme marqueur identitaire de l’aire islamique.

L'héritage judéo-chrétien avec sa Bible et ses Évangiles a eu droit à une critique en règle pour laisser émerger une culture laïque où la liberté de conscience est garantie. L'héritage islamique avec son Coran+Mahomet a toujours été préservé, même lorsque l'Empire musulman de la France avait succédé à l'Empire Ottoman.

Il était temps d'élever l’islam à la dignité de la République et de lui appliquer une égalité de traitement, c'est à dire une critique réservée, jusqu'à maintenant, au judéo-christianisme.

L'égalité des chances est enfin en train de se réaliser, les langues en train de se délier : mon islam a lui aussi droit à la une de Charlie Hebdo ! N'en déplaise à tous les archaïques qui ont peur de la critique et de la caricature : je suis enfin citoyen à part entière. L’identité française ne peut s’enrichir de mon apport que si mon islam renonce à ses démons et change son regard sur la beauté divine du corps humain. Il faut aussi qu’il intègre le crédo qui a fait de la France ce qu’elle est : la dignité humaine est sacrée, pas les religions.

C’est cette France et cette identité que j’aime et c’est à mon islam de changer pour intégrer le nouveau monde et le concert de ses nations.

Pascal Hilout


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mercredi 14 mars 2007

identité française : réponse à Laurent Lévy (Michel Renard)

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à propos de l'identité française

réponse à Laurent Lévy sur Oumma.com

posté le 14 mars 2007


Bonjour,

Laurent Lévy a décidé de s’affirmer par la haine de soi. C’est son droit. Mais cela le conduit à des considérations d’une ridiculité intellectuelle consternante.

Ainsi, cette phrase : "L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis". Et alors... ? Quel mal à cela ?

La Déclaration des Droits de l’homme - dont on aura du mal à prétendre qu’elle n’est pas un élément de l’identité française - se définit par rapport à des ennemis qui sont la tyrannie, "l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme"... N’est-ce pas louable ?

L’historien britannique d’expression française, Theodore Zeldin, a écrit dans les années 1970 une Histoire des passions françaises. On y trouve ce développement à propos du "rôle novateur" de la France dans l’établissement de la démocratie :

- "Il est vrai que la France a été le premier pays à adopter le suffrage universel. Elle a secoué le monde entier avec sa Déclaration des droits de l’homme, son usage répété de la révolution pour renverser des gouvernements arbitraires ou impopulaires, son triple principe de liberté, d’égalité et de fraternité et les chances de carrière qu’elle a offert au talent. Aussi son histoire ne concerne-t-elle pas seulement ses propres enfants, elle est également inséparable de celle de la modernisation survenue à chaque coin du globe. Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle." (Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points-Seuil, 1981, p. 446 [conclusion])

On peut dire cela en dehors de tout "projet ethnique", sans penser que "la haine est la face cachée de la nation" comme l’écrit Laurent Lévy... D’autant que l’historien britannique complète son constat par celui des limites concrètes d’un tel rôle :

- "Il n’est cependant pas douteux que la société française telle qu’elle émergea de ces révolutions a progressivement cessé d’être un modèle. Des crises politiques répétées ont permis de penser que la démocratie, même en France, a échoué. La diversité d’opinions et d’intérêts semble avoir débouché sur l’immobilisme. Les privilèges sociaux n’ont pas été éliminés. Nombreuses sont les contradictions flagrantes entre les grands principes proclamés par les Français et la façon dont ils se sont comportés dans la pratique." (ibid.).

La lucidité historienne peut ainsi mêler des réflexions sur l’identité nationale (sans racisme nationaliste) et sur les limites des grands principes (sans haine de soi pathologique).

Ce à quoi était parvenu Fernand Braudel qui, écrivant au soir de sa vie L’identité de la France (1986) livrait son sentiment en prenant soin de de dire qu’il "n’interviendrait guère dans les pages de (son) ouvrage" :

- "Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion exigeante et compliquée que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j’accepte moins facilement".

Laurent Lévy dira-t-il que Braudel fut raciste, xénophobe et pétainiste... ?

Michel Renard


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- Histoire des passions françaises, Theodore Zeldin, rééd. Payot, 2003.

- Identité de la France, Fernand Braudel, (1986), éd. poche Champs-Flammarion, 1999.

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