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hall de l'université Paris VIII


Une exposition antisémite déclenche

un tollé à l'université Paris-VIII

L'union des étudiants tunisiens se voulait propalestinienne

Armelle THORAVAL

 

«La communauté universitaire ne saurait cautionner de tels actes, qui représentent un appel à la haine raciale.» La direction de Paris-VIII.
Selon les uns - des étudiants -, ce serait le signe d'un climat détestable profondément installé au sein de l'université Paris-VIII, «car dans cette fac, ça fait deux ans que l'on amalgame étoile de David et croix gammée». Selon les autres - des professeurs -, l'université Paris-VIII, située à Saint-Denis, est parfois le théâtre de dérapages, qui ne reflètent en rien l'ensemble du campus.

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croix gammée et étoile de David sur une table d'élève d'école
élémentaire à Naplouse en novembre 2001 (source)

Feu aux poudres. Quelle que soit l'évaluation, une exposition temporaire organisée de mardi à jeudi derniers par les représentants de l'Union générale des étudiants tunisiens (Uget) a suscité «écoeurement», «dégoût», «indignation» par son caractère «ouvertement antisémite». Le contenu de cette exposition a eu suffisamment d'impact pour que le président de l'université, Pierre Lunel, annonce son intention de saisir le tribunal de Bobigny d'une plainte pénale, probablement pour incitation à la haine raciale. Le choix procédural sera arrêté aujourd'hui.

Sur le papier, l'objet administratif de cette exposition était la «journée de la terre», célébration du 30 mars pour protester contre l'annexion de terres palestiniennes par les autorités israéliennes. Le directeur de cabinet du président de l'université se souvient que les organisateurs avaient également évoqué, par oral, la guerre contre l'Irak.

Mardi dernier, dans le grand hall d'accueil blanc de l'université qui fait face à l'entrée du métro, lesliv_palestine1 arrivants découvrent deux rangées de panneaux. Du sang, en abondance, des cadavres tuméfiés, l'horreur : une série de photographies qui auraient été prises après l'assaut de Jénine (printemps 2002) couvre une partie des panneaux. Des clichés mis en relation avec des affiches sans ambiguïté : de longues citations du négationniste Roger Garaudy (extraites de Palestine : terre de messages divins), une caricature d'un George W. Bush étranglant un Palestinien sous le rire d'un Ariel Sharon ricanant, nez proéminent, étoile de David au revers de la veste.

D'autres dessins s'en prenant à «la figure du juif éternel, tel que croqué en 1941», relate Daniel Lefeuvre, enseignant d'histoire, l'un des premiers à avoir protesté auprès de la présidence de l'université. Ou encore le détournement de citations d'auteurs israéliens, alimentant la thèse du complot juif. Pierre-Yves Chapeau, directeur de cabinet de Pierre Lunel, fait alors prendre des photos. Le jeudi, toute discussion est impossible, l'Uget mettant la sono à fond pour empêcher tout dialogue. Le démontage de l'exposition s'achève avec les cris «mort aux juifs», sous l'oeil médusé des agents de sécurité et horrifié de quelques étudiants.

Pétition. Depuis hier une pétition circule pour mettre un coup d'arrêt ferme aux menées de l'Uget. Ses représentants nient tout en bloc. Ils n'auraient voulu qu'«apaiser les tensions», auraient soigneusement informé les responsables universitaires, n'auraient pas affiché de textes de Garaudy. La direction de l'université rappelait hier que «la communauté universitaire ne saurait en aucune manière cautionner de tels actes qui, loin de participer de l'esprit de paix (...), représentent un appel à la haine raciale». Pour les représentants de l'Uget, l'esclandre ne serait qu'une «manipulation» visant à interdire tout débat sur le sort des Palestiniens». La justice - pièces et témoignages en main – tranchera !

Libération, mardi 01 avril 2003



- le communiqué de protestation de l'UGET (4 avril 2003)

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