vendredi 29 décembre 2006

Les versets de la laïcité dans le Coran (Michel Renard)

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Les versets de la laïcité dans le Coran

Michel RENARD



Un spectre hante l'islam intégriste, le spectre de la laïcité. Alors que la sécularisation et la modernité affectent inexorablement le vécu religieux des musulmans partout dans le monde, l'islam qui se fait le plus entendre est soit fondamentaliste (obnubilé par la norme réactionnaire), soit islamiste (obsédé par le politique). Les références du religieux islamique sont confisquées par l'affrontement idéologique : antiaméricanisme, cause palestinienne, nature du pouvoir politique des États musulmans, «sharîa» contre influence «occidentale»... «L'islam est la solution» disent tous les islamistes depuis la fondation du parti des «Frères Musulmans» par Hassan al-Banna en 1927. Puissant auxiliaire des mobilisations, le sentiment religieux n'est cependant pas capable de formuler les élaborations complexes qu'appellent les engagements politiques.

En conservant comme horizon éthique, l'impulsion religieuse donnée aux valeurs de justice, de vertu, de générosité, de fraternité, il faut admettre qu'aucun «programme politique» ne peut émerger du Coran. Le découplage du religieux et du politique, autrement dit la laïcité, s'impose aujourd'hui aux musulmans comme il s'est imposé il y a un siècle à d'autres.

Mais les penchants régressifs de l'islam idéologisé s'y refusent. Effaçant toutes les avancées en ce sens du modernisme musulman depuis la fin du XIXe siècle. Car, la séparation du religieux et du politique a été9782707123008R1 énoncée à l'intérieur même de la pensée islamique par le théologien égyptien Ali Abderraziq en 1925 dans un livre majeur L'islam et les fondements du pouvoir. Les partisans de l'islam politique le qualifient de «traître» et vilipendent «l'influence occidentale», mais ils éludent toujours sa démonstration implacable du silence politique du Coran. Voilà un auteur dont a besoin l'islam de France, certainement plus que de Qaradawî, Hassan al-Bannâ ou Mawdoudi. Si l'on veut l'intégration sereine de l'islam dans la République...

Il y a quatre-vingt ans, au cœur du monde musulman, Abderraziq certifie qu'on «chercherait en vain une indication du Coran, implicite ou explicite, qui réconforterait les partisans du caractère politique de la religion islamique». Cela ne devrait-il pas aider à penser la laïcité autrement qu'en termes d'incompatibilité avec l'islam ? «Rien - dit encore Abderraziq, n'empêche (les musulmans) d'édifier leur État et leur système de gouvernement sur la base des dernières créations de la raison humaine». Cela ne devrait-il pas faciliter l'accueil de la laïcité autrement qu'en termes de concession tactique du faible au fort ainsi qu'en conviennent entre eux les islamistes de France ?

La pensée novatrice de Abderraziq incite à lire le Coran librement. Sans y trouver, bien évidemment, le terme de laïcité en tant que tel, on peut y découvrir le dispositif d'une distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Ce qu'on pourrait appeler, en forçant un peu le vocabulaire, les versets de la laïcité dans le Coran :

  1. «Nous ne t'avons point envoyé pour être leur gardien» (IV, 80).
  2. «sachez qu'à Notre Envoyé n'incombe que la communication explicite» (V, 92).
  3. «Or tu n'es là que pour donner l'alarme, et Dieu est répondant de toute chose» (XI, 12).
  4. «à toi la communication seule incombe, à Nous le compte...» (XIII, 40).
  5. «S'ils se dérobent, seule t'incombe la communication explicite» (XVI, 82).
  6. «Nous ne t'avons envoyé que comme porteur de bonne nouvelle et donneur d'alarme (XVII, 105).
  7. «dis : "Humains, je ne suis pour vous qu'un donneur d'alarme explicite"» (XXII, 49).
  8. «dis : "Obéissez à Dieu, obéissez à l'Envoyé". Si vous vous dérobez, il ne lui incombera que sa propre charge, et à vous la vôtre. En revanche, si vous obéissez, vous serez bien guidés. Quant à l'Envoyé, seule lui incombe la communication explicite...» (XXIV, 54).
  9. «Tu ne disposes pas sur eux de coercition» (L, 45).
  10. «Lance donc le Rappel : tu n'es là que celui qui rappelle, tu n'es pas pour eux celui qui régit» (LXXXVIII, 22-23).

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Ces versets ont en commun d'établir la distinction entre la mission spirituelle du Prophète (donner l'alarme, rappeler, communiquer...) et ce qui relève d'un pouvoir de coercition qui ne lui appartient pas. Dieu seul est répondant de toute chose. Pas le Prophète.
Une telle démonstration infirme donc les prétentions à vouloir tirer du Coran et de l'apostolat du Prophète une quelconque politique cherchant à contraindre le temporel. Si l'islam est devenu politique dans son histoire, il le doit à l'histoire et non à l'islam. Ce sont les circonstances et non la nature de cette religion qui ont construit l'islam politique. L'islam du Coran est laïque.

Michel Renard
directeur de l'ex-revue Islam de France


- Alî Abderraziq (1888-1966), L'islam et les fondements du pouvoir (1925) - Cedej

- fiche du livre de Alî Abderraziq chez l'éditeur : La Découverte


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jeudi 28 décembre 2006

Un islam moderne doit se lever en France (Dalil Boubakeur)

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islam, humanisme, modernisme


Historiquement, la préoccupation humaniste a mobilisé des penseurs féconds et originaux en contextes islamiques entre 800 et 1100 environ. La génération de Miskawayh et Tawhîdî (950-1020) a été particulièrement active, efficace dans l’animation d’un humanisme combinant avec succès les belles lettres, l’histoire, la géographie humaine, la philosophie et une culture religieuse ouverte.

Mohammed Arkoun, Humanisme et islam, éd. Vrin, 2005


Un islam moderne doit se lever en France

Dalil BOUBAKEUR

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- Un islam moderne doit se lever en France, Dalil Boubakeur (1995)

"Les journalistes mettent toute l’emphase possible sur les problèmes causés par la délinquance des jeunes d’origine arabe en banlieue. Mais beaucoup de jeunes musulmans français sont choqués, et par cette délinquance, et par cet amalgame automatique de l’opinion. De plus en plus nombreux sont ceux qui refusent ce piège et font des efforts acharnés pour s’arracher au ghetto. Or, le meilleur moyen de réussir dans cette entreprise, c’est de s’intégrer à un islam en marche. Et moi, je vous le dis : cela a lieu, un nouvel islam est en train de naître, un islam est en train de fleurir, qui intéresse de plus en plus de jeunes, croyez-moi" (lire la suite)


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mosquée des Omeyyades à Damas



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vendredi 22 décembre 2006

Défendre la laïcité, ce n'est pas retomber dans le colonialisme (Michel Renard)

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L'Express du 18/09/2003

Michel Renard

«Défendre la laïcité, ce n'est pas retomber dans le colonialisme ni la

discrimination!» propos recueillis par Besma Lahouri, Eric Conan

Michel Renard est directeur de l'ex-revue Islam de France, auteur de Théologie de l'islam laïque (à paraître chez Albin Michel)


e souhait de l'Etat de disposer d'interlocuteurs dans le domaine religieux est légitime. Mais il n'avait pas à déclarer «représentatif» l'organisme ainsi désigné. Dans ce processus, on a malmené la laïcité et les traditions de l'islam, qui ignorent l'équivalent catholique du clergé. On aboutit à ce monument de tératologie institutionnelle: l'Etat laïque, qui n'a pas à s'immiscer dans les affaires internes d'un culte, a créé un pseudo-clergé musulman que l'Histoire n'a jamais connu. Double hérésie! L'Etat serait resté dans son rôle et ses prérogatives en désignant un conseil «consultatif» (il n'en manque pas en France...). Par ailleurs, la prééminence des Frères musulmans de l'UOIF, mais aussi du Tabligh, dans ce conseil, préoccupe tous ceux qui craignent la surenchère normative des groupes liés au fondamentalisme. Les partis politiques semblent escompter qu'une notabilisation de ces courants va les assagir. Au risque d'offrir une onction officielle à des desseins de radicalisation «identitaire», qui coupent un peu plus les jeunes des valeurs de l'humanisme musulman et de la fraternité républicaine.

Depuis les années 1930, des générations de musulmans ont vécu tranquillement leur islamité dans le cadre laïque de la société française. Mais il faut savoir que la majorité des cadres activistes sont aujourd'hui issus des oppositions aux régimes arabes, formés jusqu'à l'âge adulte dans la mouvance fondamentaliste puis émigrant vers notre pays à partir des années 1980. Ils sont donc porteurs d'une hostilité héritée envers l'Occident et d'une incompréhension totale de la laïcité. Cessons d'être inhibés face à eux : défendre la laïcité, ce n'est pas retomber dans le colonialisme ni la discrimination!

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Défendre la laïcité,

ce n'est pas retomber dans le colonialisme

le texte complet des réponses


* pour réaliser leur dossier, les journalistes de l'Express avaient posé de nombreuses questions à plusieurs personnes, et n'ont retenu finalement qu'un commentaire synthétique - voici la réponse à toutes les questions :


Que pensez-vous de la manière dont a été organisée la représentation officielle des  musulmans de France ? De la victoire de l’UOIF ? La méthode Sarkozy ? L’attitude de la gauche ? Vous sentez-vous représenté par pic04acette consultation ?
- Le Conseil français du culte musulman représente des groupes militants liés aux courants islamistes internationaux ou aux États marocains, saoudiens et pakistanais. Il a été désigné par 4 032 "grands électeurs" auto-choisis dans les milieux associatifs. Sans aucune élection, à l'inverse de ce que croient certains. On a forcé la main à la Mosquée de Paris. La prééminence des Frères Musulmans de l'UOIF, mais aussi du Tabligh, préoccupe tous ceux qui craignent la recrudescence d'une surenchère normative par les groupes liés au fondamentalisme. Les partis politiques semblent escompter qu'une notabilisation de ces courants va les assagir. Au risque d'offrir une onction officielle à des desseins de radicalisation "identitaire" qui coupent un peu plus les jeunes des valeurs de l'humanisme musulman et de la fraternité républicaine. D'ailleurs, le Conseil n'a pas fait avancer d'un pouce le débat théologique sur l'allégeance respective aux "lois de la République" ou aux "lois de l'islam".


L’Etat français devait-il s’en mêler ? Dans quelles limites ?
- Le souhait de l'État de disposer d'interlocuteurs dans le domaine religieux est légitime. Mais il n'avait pas à déclarer représentatif l'organisme ainsi désigné. Dans ce processus, on a malmené la laïcité et les traditions de l'islam qui ignorent l'équivalent catholique du clergé. On aboutit à ce monument de tératologie institutionnelle : l'État laïque, qui n'a pas à s'immiscer dans les affaires internes d'un culte, a créé unreunion pseudo-clergé musulman, que l'histoire n'a jamais connu. Double hérésie ! L'État serait resté dans son rôle et ses prérogatives en désignant un conseil consultatif (il n'en manque pas en France…) composé avant tout de compétences intellectuelles et religieuses qu'il aurait sollicitées selon les besoins. Élire ou ne pas élire des représentants, cela relève des controverses internes à la conscience musulmane et l'État n'a rien à gagner à s'en mêler. On aura de mauvaises surprises…


Faut-il considérer, tout Français issu de l’immigration maghrébine comme étant automatiquement un musulman ?
- Inférer une appartenance confessionnelle de l'origine ethnique ou de la nationalité supposée est une violence symbolique inadmissible. Sous la même critique doit tomber l'injonction identitaire adressée aux jeunes par Tariq Ramadan. Il faut répliquer que l'origine n'implique pas la religion. Et aux Frères Musulmans, il faut dire que l'islam n'est pas une identité ni une politique mais une religion. Dans notre pays, le choix ou non d'une confession relève de la libre option de l'individu. Cette conception peut trouver une justification dans le Coran qui multiplie les énoncés sur la responsabilité individuelle : «Nul ne portera le fardeau d'autrui. Et si une âme surchargée de péchés appelle à l'aide, rien de sa charge ne sera porté par une autre» (XXXV, 18). La chance de l'islam dans l'Occident sécularisé, c'est justement d'avoir à se recentrer sur l'expérience spirituelle de la verticalité du rapport à Dieu en renonçant aux tentations holistes du communautarisme politique.


Certaines organisations islamiques demandent à la laïcité française de «s’adapter» à l’islam : qu’en pensez-vous ?
- Depuis les années 1930, des générations de musulmans ont vécu tranquillement leur islamité dans le cadre laïque de la société française. En réalité, rien ne s'oppose à la pratique plénière de l'islam entendu d_c_1991_iscomme religion. Mais il faut savoir que la majorité des cadres activistes sont issus des oppositions aux régimes arabes, formés jusqu'à l'âge adulte dans la mouvance fondamentaliste puis émigrant vers notre pays à partir des années 1980 [le FIS à Alger en décembre 1991]. Ils sont donc porteurs d'une hostilité héritée envers l'Occident et d'une incompréhension totale de la laïcité. Les revendications de modification de la laïcité sont des postures par lesquelles les groupes militants se concurrencent en cherchant à apparaître comme les plus légitimes. La laïcité accueille l'islam à égalité de droits avec les autres confessions. Elle ne peut s'adapter à l'islamisme sans se nier elle-même.


Quelle attitude la société française doit-elle adopter face aux revendications relatives aux femmes (voile à l’école et au travail, non-mixité en sport et à la piscine, etc.) exprimées par certaines organisations islamiques ?
- La grande majorité des musulmanes ne manifestent pas leur islamité de cette manière ostentatoire etmarbust victimisante. Le port du voile peut être vécu par de jeunes filles comme l'expression exacerbée de leur foi, en toute sincérité. Il faut respecter leur sentiment et négocier si nécessaire. Mais cessons d'être inhibés face à l'islamisme. Défendre la laïcité, ce n'est pas retomber dans le colonialisme ni la discrimination ! Il n'y pas à céder à ce "grignotage" mené par les stratèges communautaristes. Accepter des horaires d'apartheid dans les piscines en supputant quelques gains électoraux est lamentable. Quant à l'école, si elle est un lieu où l'on apprend ce qu'est la démocratie, elle ne relève pas elle-même de la démocratie. C'est une institution où s'exerce le magistère du savoir à l'égard d'élèves indépendamment de leurs religions. Condition pour un enseignement respectueux et critique des traditions religieuses.


Quels conseils ou mises en garde avez-vous envie de formuler aux décideurs politiques à propos de la place de l’islam dans la société française ?
- Notre pays et ses élites ignorent souvent ce qu'est l'islam comme civilisation et comme religion. Ben Laden et la violence islamiste mondialisée fascinent et paralysent l'esprit. Or c'est une expression déviante face à l'histoire plurielle de l'islam et à sa capacité de produire une culture universaliste. C'est sur le terrain de la culture que doit porter l'effort car la demande d'islam en France est d'abord une quête de savoir et de sens. Et secondairement une demande de mosquées ou de viande halal… Où sont les lieux dispensateurs d'un savoir sur la théologie et l'histoire musulmane, sur le droit et la philosophie islamique ? Où sont les universités prodiguant un accès au rationalisme mutazilite, à la pensée d'Averroès, de Râzî ou de Ibn Khaldûn ? Où un jeune musulman peut-il apprendre que le Coran est autre chose qu'un code de lois disant qu'il faut porter le voile ou faire la guerre aux infidèles comme le lui assènent les fondamentalistes ?

Pourquoi les musulmans favorables à une coexistence de leur religion avec la laïcité française ont-ils tant de mal à s’exprimer et à s’organiser ?
- Jusqu'à présent, les musulmans favorables à la laïcité ont eu tendance à se fondre dans la société. Réservant la manifestation de leur foi au milieu familial et à l'exemplarité individuelle. De plus, le discours sur le religieux islamique a été monopolisé par les militants fondamentalistes qui pratiquent l'intimidation dogmatique. La carence de lieux de savoir sur l'islam a fréquemment découragé les velléités. Enfin, les initiatives qui se sont multipliées ont souvent été phagocytées par des calculs d'intérêts, des égoïsmes de carrières et l'inexpérience des procédures délibératives. Mais, en s'inspirant de Mohammed Arkoun, de Ali Merad, de Leïla Babès et de nombreux autres, de petits noyaux, jaloux de leur indépendance, se constituent qui privilégient la recherche d'une intelligibilité renouvelée de l'islam. La laïcité leur garantit cette liberté.

Michel Renard
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lundi 18 décembre 2006

Mohammed Arkoun - références

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Mohammed Arkoun



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Mohammed Arkoun, 45 ans de travail sur l'histoire de la pensée islamique



ressources en ligne

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bio-bibliographies

- bio-bibliographie (1)

- site philo.8m : 3 textes de Mohammed Arkoun en ligne




textes de Mohammed Arkoun (note de l'été 2010 : les liens ont souvent disparu)

- La nécessaire mémoire du passé, interview, Réforme (26 octobre 2006)

- conférence de Mohammed Arkoun à Roubaix (16 mai 2006)

- (Ré)inventer l'espace méditerranéen, entretien, Le Courrier de la Planète (juillet-septembre 2004)

- Le conflit des ignorances, entretien dans l'Humanité (22 janvier 2004)

- Comment concilier islam et modernité ? Le Monde Diplomatique, avril 2003

- "Il est vital que l'islam accède à la modernité", L'Express, entretien (27 mars 2003)

- L'impensé dans l'islam contemporain, entretien dans l'Humanité (13 novembre 2001)

- interview au journal Le Monde (6 octobre 2001)

- Repenser l'espace méditerranéen (mars 1996)



points de vue sur Mohammed Arkoun

- Les apports de Mohammed Arkoun à l'étude des faits religieux, par Mohamed-Chérif FERJANI (déposé en mai 2006, format Pdf)

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- La pensée arabe, coll. "Que sais-je ?", Puf, 2003.

- préface à la traduction du Coran par Kazimirski (1840), éd. GF-Flammarion, 1993.




- L'islam, religion et société, Cerf, 1982.


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- Der Islam. Annäherung an eine Religion, éd. Palmyra Verlag, 1999.



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samedi 16 décembre 2006

interviews de Wafa Sultan, psychologue américano-arabe

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Wafa Sultan sur la chaîne quatarie al-Jazeera, le 21 février 2006


interview de Wafa Sultan

psychologue américano arabe,

sur Al Jazeera

21 février 2006




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Extraits de l’interview de Wafa Sultan, psychologue américano arabe, sur Al Jazeera.

Wafa Sultan : "Le conflit auquel nous assistons n’est pas un conflit de religions ou de civilisations. C’est un conflit entre deux opposés, entre deux époques. C’est un conflit entre une mentalité qui appartient au Moyen-Âge et une autre qui appartient au XXIe siècle. C’est un conflit qui oppose la civilisation au retard, ce qui est civilisé à ce qui est primitif, la barbarie à la raison. C’est un conflit entre la liberté et l’oppression, entre la démocratie et la dictature. C’est un conflit entre les droits de l’Homme d’une part, la violation de ces droits de l’autre. C’est un conflit qui oppose ceux qui traitent les femmes comme des animaux à ceux qui les traitent comme des êtres humains. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas un conflit de civilisations. Les civilisations ne s’affrontent pas ; elles se complètent.

Voir l’interview avec sous-titrage en Francais :

http://www.dailymotion.com/video/65587

(…)

Animateur : Si je comprends bien, vous dites que les événements actuels représentent l’opposition de la culture occidentale au retard et à l’ignorance des musulmans ?
Wafa Sultan : Oui, c’est ce que je dis.
(…)
Animateur : Qui a inventé le concept de conflit de civilisations ? N’était-ce pas Samuel Huntington ? Ce n’était pas Ben Laden. J’aimerais évoquer le sujet, si vous voulez bien…

Wafa Sultan : Les musulmans sont les premiers à avoir employé cette expression. Ce sont les musulmans qui ont déclenché le conflit des civilisations. Le Prophète de l’islam a déclaré : ’J’ai reçu l’ordre de combattre ceux qui ne croient pas en Allah et en son Messager.’ En divisant la population entre musulmans et non-musulmans et en appelant à combattre les autres jusqu’à ce qu’ils adoptent leurs propres croyances, les musulmans ont ouvert le conflit et déclenché la guerre. Les ouvrages et programmes islamiques regorgent d’appels au takfir et au combat des infidèles.

Mon collègue a déclaré qu’il n’offense jamais autrui dans ses croyances. Quelle civilisation au monde l’autorise à donner aux autres des appellations qu’ils ne se sont pas choisies eux-mêmes ? Une fois, il les appelle ’Ahl Al-Dhimma’, une autre fois ’le Peuple du Livre’ ; une autre fois encore, il les compare à des singes et des porcs, où il appelle les chrétiens ’ceux qui éveillent la colère d’Allah’. Qui vous a dit qu’ils sont le ’Peuple du Livre’ ? Ils ne sont pas le Peuple du Livre ; ils sont le Peuple de nombreux livres. Tous les ouvrages scientifiques utiles que vous possédez aujourd’hui sont à eux ; c’est le fruit de leur libre pensée et de leur créativité. Qui vous donne le droit de les appeler ’ceux qui éveillent la colère d’Allah’ ou ’les égarés’, pour venir ensuite raconter que votre religion vous défend d’offenser les croyances d’autrui ?

Je ne suis ni chrétienne, ni musulmane, ni juive. Je suis un être humain laïque. Je ne crois pas à surnaturel, mais je respecte le droit d’autrui à y croire.

Dr Ibrahim Al-Khouli : Etes-vous hérétique ?

Wafa Sultan : Appelez-moi comme vous voudrez. Je suis un être humain qui ne crois pas au surnaturel…

Dr Ibrahim Al-Khouli : Si vous êtes hérétique, il ne sert à rien de vous faire des reproches, vu que vous avez blasphémé contre l’islam, contre le Prophète et le Coran…

Wafa Sultan : C’est un problème personnel qui ne vous concerne pas.

(…)

Wafa Sultan : Mon frère, vous pouvez croire aux pierres tant que vous ne me les lancez pas dessus. Vous êtres libre d’adorer qui vous voulez, mais les croyances des autres ne vous regardent pas, qu’ils croient que le Messie est Dieu, fils de Marie, ou que Satan est Dieu, fils de Marie. Laissez les gens croire en ce qu’ils veulent.

(…)

Wafa Sultan : Les Juifs ont derrière eux la tragédie de l’Holocauste et ont [néanmoins] obligé le monde à les respecter au moyen de leur savoir, non de leur terreur ; [ils ont forcé le respect du monde] par leur travail, non en pleurant et en criant. L’humanité doit la plus grande partie des découvertes et de la science des 19ème et 20ème siècles aux scientifiques juifs. 15 millions de personnes, éparpillées à travers le monde, se sont unies pour gagner leurs droits grâce à leur travail et à leurs connaissances. Nous n’avons pas vu un seul Juif se faire sauter dans un restaurant allemand. Nous n’avons pas vu un seul Juif détruire une église. Nous n’avons pas vu un seul Juif protester en commettant des meurtres. Les musulmans ont transformé en décombres trois statues de Bouddha. Nous n’avons pas vu un seul bouddhiste réduire en cendres une mosquée, tuer un musulman ou incendier une ambassade. Seuls les musulmans défendent leurs croyances en brûlant des églises, en tuant, en détruisant des ambassades. Cette façon de faire ne donnera aucun fruit. Les musulmans doivent se demander ce qu’ils peuvent faire pour l’humanité avant d’exiger que l’humanité les respecte."


lien : Wafa Sultan sur MEMRI TV (The Middle East Media Research Institute TV)

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Éléments d'information fournis par le site IRAN-RESIST.org

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II y a trois semaines, Dr. Wafa Sultan une psychiatre Syro-Américaine était une inconnue de Los Angeles soignant sa colère et son profond désespoir au sujet de ses coreligionnaires musulmans. Aujourd’hui, par la grâce d’une interview inhabituellement acerbe et provocante sur la chaîne Al Jazeera le 21 Février, elle est une vedette internationale, présentée par certains comme la voix pure de la raison, et par d’autres comme une hérétique et une infidèle qui mérite la mort.

Dans cette interview, qui a été téléchargée sur Internet plus d’un million de fois en deux semaines et a été transférée par mail des centaines de milliers de fois, Dr. Sultan a critiqué les musulmans, leurs saints, leurs combattants et leurs chefs politiques qui d’après elle ont déformé les enseignements de Mahomet et du Coran vieux de 14 siècles.

Elle a dit que les musulmans du monde, qu’elle compare en leur défaveur aux Juifs, se sont enfoncés dans un tourbillon d’apitoiement sur soi et de violence. Selon elle le monde n’est pas le témoin d’un désaccord des religions ou des cultures, mais d’une bataille entre barbarie et modernité, une bataille que les forces de l’islam violent et réactionnaire vont perdre.

En réponse, les ecclésiastiques musulmans du monde entier l’ont condamnée, et son répondeur téléphonique déborde de menaces de mort. Mais les réformateurs islamiques l’ont félicitée pour avoir dit, et en arabe sur le réseau télévisé le plus vu du monde arabe, ce que peu de musulmans osent dire même en privé.

«Je crois que nos peuples sont otages de leur propre croyance et des enseignements», a-t-elle dit à une journaliste cette semaine à Los Angeles.

Dr. Sultan, 47 ans, porte un polo et une jupe très élégante, avec des chaussons fourrés et de grosses chaussettes. Ses yeux et ses cheveux sont d’un noir vif et ses manières simples contrastent avec ses intenses paroles : «la connaissance m’a libérée de cette pensée rétrograde. Quelqu’un doit nous aider à libérer le peuple Musulman de ces croyances erronées

Peut-être ses mots les plus provocateurs sur Al Jazeera sont ceux qui comparent l’attitude des Juifs et des Musulmans face à l’adversité. Evoquant l’Holocauste, elle a dit : «Les Juifs sont sortis de cette tragédie et ont forcé le monde à les respecter, par leur travail de mémoire, et non par leur terrorisme ; par leur labeur, et non par leurs lamentations et leurs cris.»

S’adressant aux musulmans, elle a continué : «Nous n’avons jamais vu un seul juif se faire exploser dans un restaurant allemand. Nous n’avons jamais vu un seul juif détruire une église. Nous n’avons pas vu un seul juif protester en tuant des gens».

Elle a conclu : «Seuls les musulmans défendent leur croyance en brûlant des églises, en tuant des personnes et en détruisant des ambassades. Cette voie ne donnera aucun résultat. Les musulmans doivent se demander ce qu’ils peuvent faire pour l’humanité, avant d’exiger que l’humanité les respecte».

Ses idées ont attiré l’attention du Congrès Juif Américain, qui l’a invitée à s’exprimer en Mai à l’occasion d’une conférence en Israël. «Nous avons discuté avec elle de l’importance de son message et prévu un rendez-vous pour qu’elle s’adresse aux chefs juifs», dit Neil B. Goldstein, directeur général de l’organisation.

Elle est sans doute la bienvenue à Tel Aviv, plus qu’elle ne le serait à Damas. Peu après l’émission, des religieux Syriens l’ont dénoncée comme infidèle. L’un d’eux a dit qu’elle avait infligé à l’Islam plus de dommages que les caricatures Danoises se moquant du prophète Mahomet !

Mme Wafa Sultan travaille actuellement à la rédaction d’un livre qui s’il trouvait un éditeur ferait se retourner le monde islamique. «J’ai atteint un point de non-retour qui ne permet pas de revenir en arrière, je n’ai plus le choix. Je remets en cause chaque enseignement de notre Livre Saint». Le titre prévu est Le prisonnier échappé : Quand dieu est un monstre.

Dr. Sultan a grandi dans une famille musulmane traditionnelle de Banias en Syrie, petite ville sur la Méditerranée à deux heures de Beyrouth. Son père était un négociant en céréales et un musulman dévot, et elle a suivi les préceptes religieux jusqu’à l’âge adulte.

Mais, elle dit que sa vie a basculé en 1979 quand elle était étudiante en médecine à Alep. À cette époque, le groupe radical des Frères Musulmans utilisait le terrorisme pour tenter de saper le gouvernement du Président Hafez al-Assad. Un jour les des membres des Frères Musulmans sont entrés dans une salle à l’université et ont tué son professeur sous ses yeux.

«Ils ont tiré des centaines de balles en criant : Dieu est grand ! (Allah Akbar)» et elle ajoute, «à ce moment précis,j’ai perdu la foi en leur dieu, et commencé à remettre en question tous nos enseignements. C’était le tournant de ma vie, et cela m’a amenée à la situation présente. J’ai dû partir. J’ai dû rechercher un autre dieu».

Elle et son mari, qui a maintenant américanisé son nom en David, ont dressé des plans pour partir aux Etats-Unis. Leurs visas sont arrivés finalement en 1989, et les Sultan et leurs deux enfants (ils en ont eu un troisième depuis), se sont installés avec des amis à Cerritos en Californie, une communauté prospère en limite du comté de Los Angeles.

Après une succession de métiers et de problèmes de langue, Dr. Sultan a terminé sa licence de médecine. Wafa et David Sultan ont acheté une maison dans la région de Los Angeles et mis leurs enfants dans les écoles locales.

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Mais alors même que le Dr. Sultan s’installait dans une vie confortable de classe moyenne Américaine, la colère grondait en elle. Elle a commencé à écrire, d’abord pour elle avant de s’occuper d’un site réformateur de l’islam «Annaqed» (la critique) crée par un syrien expatrié à Phoenix. Un de ses essais sur les Frères Musulmans a attiré l’attention d’Al Jazeera qui l’a invitée à discuter avec un ecclésiastique algérien en juillet.

Au cours de la discussion, elle a remis en cause les enseignements religieux qui incitent les jeunes à se suicider au nom de dieu. Elle lui a demandé «pourquoi un jeune musulman, avec la vie devant lui, doit-il se faire exploser ? Dans nos pays, la religion est l’unique source d’éducation et est la seule boisson dont le terroriste a été abreuvé jusqu’à ce que sa soif soit étanchée».

Ses remarques ont suscité des débats dans le monde entier et son nom a commencé à apparaître dans les journaux et les sites Internet Arabes. Mais sa réputation s’est accrue de façon exponentielle lorsqu’elle est réapparue sur Al Jazeera le 21 Février, une intervention qui a été traduite et largement diffusée par l’Institut de Recherche sur les Medias du Moyen-Orient, connu sous le nom de Memri.

Memri a dit que la vidéo de son intervention de février a été regardée plus d’un million de fois.

«Le choc dont nous sommes témoins sur terre n’est pas un choc des religions ou un choc des civilisations, c’est un choc entre deux opposés, entre deux ères. C’est un choc entre une mentalité qui appartient au Moyen Age et une mentalité différente qui appartient au XXIe siècle. C’est un choc entre la civilisation et le retard, entre civilisé et primitif, entre barbarie et rationalité». Elle a dit qu’elle ne pratique plus pratique l’islam. «Je suis un être humain laïque».

L’autre invité était un professeur égyptien des études religieuses, Ibrahim Al-Khouli, qui lui a lancé, «êtes-vous une hérétique ?», ajoutant qu’il n’avait aucune raison de discuter (avec une hérétique), parce qu’elle avait blasphémé contre l’Islam, le prophète Mohamed et le Coran !

Dr. Sultan a dit qu’elle a pris ces mots comme une fatwa formelle, une condamnation religieuse. Depuis lors, elle a dit avoir reçu de nombreuses menaces de mort sur son répondeur et par e-mail.

Un message sur répondeur :  Vous êtes encore vivante ?  Attendez et vous verrez !
Un message mail, en arabe :  Si quelqu’un devait vous tuer, ce serait moi.

Dr. Wafa Sultan a dit avoir peur de contacter sa mère qui vit toujours en Syrie, préférant passer par sa soeur résidant au Qatar. Elle dit qu’elle se fait plus de soucis pour la sécurité des membres de sa famille ici et en Syrie que pour elle-même.

«Je n'ai pas peur, je crois en mon message. Il est comme un voyage d'un million de kilomètres, et je crois que j'ai parcouru les premiers 10 km, les plus durs».

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Wafa Sultan

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PRIMO EUROPE
 

Les murs de nos prisons

Interview de Wafa Sultan à la télévision danoise,
le 30 septembre 2006


Question :  Bienvenue, Wafa Sultan.  Selon vous qu’y a-t-il eu de positif dans la crise des caricatures ?

Wafa Sultan : Merci beaucoup de me recevoir dans votre émission. Nous en tant que musulmans, nous avons été otages de notre propre système, otages de croyances ; depuis des siècles nous avons été otages de notre propre prison. Nous n’avons jamais entendu d’autres voix, des voix venant du dehors ; nous ne sommes pas habitués à entendre d’autres voix. Il nous est à peine permis d’entendre notre propre voix. Alors je vois la publication des caricatures comme la première fissure dans les murs de notre prison, parce que, en tant que prisonnier, il est quasiment impossible de mettre à bas les murs de notre prison. Vous avez besoin de quelqu’un à l’extérieur pour vous aider à le démolir.

Question : Mais vous considérez-vous comme une prisonnière ?

Wafa Sultan : Oui ; j’étais une prisonnière ; j’étais une prisonnière ; vivre aux USA pendant 17 ans m’a libérée, m’a aidée à sortir de la boîte et nous devons en faire sortir aussi les musulmans vivant dans les pays islamiques. Nous devons leur apprendre comment écouter d’autres gens, d’autres opinions, même s’ils n’aiment pas ce qu’ils entendent.

Question : Ce que vous êtes en train de dire, c’est que les caricatures ont aidé beaucoup de gens au Moyen-Orient ?

Wafa Sultan : Absolument. Je vois cela comme un pas dans la bonne direction.

Question : Mais qu’en est-il des aspects négatifs de la crise des caricatures ?

Wafa Sultan : Je n’en vois aucun. Publier des caricatures et des critiques encore et encore poussera les musulmans à examiner de plus près leur religion et c’est le seul moyen d’améliorer notre culture, d’améliorer notre religion. Nous devrions être heureux d’entendre la façon dont les autres perçoivent notre religion de telle sorte que nous puissions l’améliorer.

Question : Mais la crise des caricatures n’a-t-elle pas, au contraire, radicalisé les musulmans du Moyen-Orient plutôt que de leur faire...

Wafa Sultan : C’est peut-être ce qu’il semble, mais sur le long terme, ça ne sera pas le cas. Vous êtes en train d’aider les musulmans à s’habituer à la critique, parce que je crois que l’islam, comme tout autre religion, n’est pas au-dessus de la critique. Il y a tant de gens qui critiquent le christianisme, le judaïsme, et ... qui s’en soucie ? Alors, pourquoi n’en serait-il pas de même avec l’islam ?

Question : Mais que... je veux dire, vous êtes très critique envers l’islam bien que née et élevée dans cette religion. Qu’est-ce que fait que vous soyez si critique envers l’islam ?

Wafa Sultan : Je crois que le problème de l’islam est profondément enraciné dans ses enseignements. L’islam n’est pas seulement une religion, l’islam est aussi une idéologie politique, qui prêche la violence et applique son programme par la force. Je n’ai jamais critiqué la part religieuse de l’islam. Je respecte la partie religieuse autant que je respecte toute autre religion. Mais je crois que nous devons extirper la politique de l’islam et confiner l’islam - en tant que religion - aux lieux de culte et aux foyers. C’est la seule solution.

Question : Au lendemain de la crise des caricatures, quelle est la force, selon vous, des musulmans modérés   dans le monde arabe ?

Wafa Sultan : Je crois que l’appellation de modérés n’est pas correcte ; je ne crois pas qu’il y ait de musulman modéré. Je crois qu’il y a des modérés en terme de culture, des musulmans culturels (modérés), mais pas en ce qui concerne la religion parce qu’en islam, vous DEVEZ croire à TOUS les préceptes comme étant sacrés. Vous ne pouvez pas les changer, vous devez les accepter comme ils sont, sinon vous n’êtes tout simplement pas musulman..

Question : Mais s’opposer  à l’islam - les préceptes religieux et les préceptes  politiques de l’islam en particulier - comporte toujours une certaine menace pour celui qui le fait, comme vous.

Wafa Sultan : Oui.

Question : Quelles en ont été les conséquences personnelles pour vous ?

Wafa Sultan : Je reçois des menaces de mort quotidiennement, mais au plus profond de moi, je me sens en paix, vous savez. Je n’ai pas peur.

Question : Vous êtes en  paix avec ce que vous faites ?

Wafa Sultan : Absolument. Je crois en ce que je fais, et j’ai décidé de continuer à le faire jusqu’à la fin de mes jours même si je dois sacrifier ma propre vie parce que je crois que nous sommes ici pour une raison et nous n’avons qu’une vie. Il faut donc bien l’utiliser. Vous devez être ici pour une bonne raison. Vous savez, je crois que nos pères, nos grands-pères, nos aïeux ne nous ont légué que des problèmes ; alors pourquoi aurions-nous à laisser le même problème à la génération (suivante) ? Pourquoi ? Nous devons faire quelque chose.

Question : Mais vous avez dit au début qu’une fissure avait été ouverte dans le mur par le Jyllands-Posten et les 12 caricatures.

Wafa Sultan : Oui.

Question : Pensez-vous que cette fissure s’agrandira, que le mur...

Wafa Sultan : Aucun doute quant à cela. Ça se produira, aucun doute. Je ne... Écoutez, la mentalité musulmane a été façonnée au cours de 14 siècles, sans aucune remise en question, alors il n’est pas facile de changer cette mentalité du jour au lendemain ; ça prendra longtemps et énormément d’efforts. Mais à la fin, nous obtiendrons des résultats positifs. Nous devons être optimistes là-dessus. Nous devons avoir de l’espoir pour aller de l’avant. Je n’abandonnerai jamais espoir quelles que soient les circonstances.

Question : Même si les forces radicales dans le monde arabe - en Égypte, en Irak ou en Syrie, votre propre pays - semblent gagner des forces à l’heure actuelle ?

Wafa Sultan : Je ne suis pas surprise de leurs réactions, parce qu’ils n’ont jamais entendu d’autres voix ; c’est, je crois, une réaction très naturelle. Mais plus vous le ferez, plus ils s’habitueront à cela. Alors, continuez simplement dans cette voie.

Question : Pensez-vous que l’islam ait un rôle à jouer dans le monde moderne ?

Wafa Sultan : Bien entendu, mais pas dans son état actuel. J’ai une opinion très différente   sur ce point et beaucoup d’amis m’ont conseillé de polir mon message et d’adoucir ma façon de dire ces choses. J’ai essayé mais je n’y arrive pas. Je perçois la vérité comme étant nue et je crois qu’il est plus important de la laisser nue. Je ne peux pas, pour l’enjoliver, lui mettre une plus belle robe. Alors, je vais le dire franchement comme j’ai fait jusqu’ici. Je ne crois pas que l’islam puisse être réformé. Je n’y crois vraiment pas. Je crois que l’islam sera transformé et il faudra des chefs religieux intrépides et des gens très fin pour conduire à cette transformation. Si l’islam était transformé, alors oui, il aurait une rôle et jouer dans notre monde.

Question : Mais voyez-vous de tels leaders et de telles personnalités intellectuelles quelque part   dans le monde arabe ?

Wafa Sultan : Il faut que nous fassions davantage pression sur eux s’ils affirment qu’ils peuvent réformer l’islam, il faut que nous les mettions au défi. Prouvez-nous, prouvez-moi que j’ai tort et faites-le. S’ils pensent, s’ils déclarent qu’ils peuvent réformer l’islam, nous devons leur donner l’opportunité de le faire et nous devons faire davantage pression sur eux pour qu’ils le fassent. Nous devons les encourager à le faire. Une fois l’islam transformé, nous serons dans la bonne direction. Une fois qu’il sera transformé, à ce moment, l’islam sera capable de jouer un rôle positif dans nos vies.

Question : Wafa Sultan, vous êtes au début d’une très longue route. Merci beaucoup d’être  venue.

Wafa Sultan : C’était un plaisir d’être ici. Merci beaucoup.


Original en anglais. © Maryse Haslé, ReSPUBLICA n° 478 (journal de la Gauche Républicaine), traduction Pistache


الناقــد
annaqed (la critique)


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jeudi 14 décembre 2006

L'islam doit rompre avec sa fascination du politique

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un islam trop souvent dominé par le politique



L'islam doit rompre

avec sa fascination du politique

Michel RENARD (novembre 2001) *


Après le 11 septembre, la question du rapport au politique se pose en termes redoutables pour un croyantimages_1 musulman. La filiation idéologique du terrorisme de type Ben Laden avec le "fondamentalisme" et l'islam politique, est établie même si ces deux références ne conduisent pas automatiquement à l'extermination programmée des innocents. Que faut-il donc réformer de la théologie musulmane pour creuser un clivage étanche face à ces dérives ?


À la base, les Frères Musulmans
Les idées selon lesquelles la totalité des sociétés vivent en état d'ignorance impie (jâhiliyya), qu'elles sont gouvernées par des tyrans (tâghût) et qu'il faut les renverser par le jihâd pour leur substituer un Étathassan_al_bann__1 islamique, forment la matrice de cet islam politique. Les égyptiens Hassan al-Bannâ [photo], fondateur des Frères Musulmans en 1927, et Sayyid Qutb, relayé par le pakistanais Mawdûdî, ont formulé une conception idéologisée d'un islam identitaire et englobant. Selon ces auteurs, son triomphe passe par la voie politique dans laquelle l'homme est l'instrument de la "souveraineté de Dieu", et débouche sur l'imposition de la Loi divine (sharî‘a) instaurant une société purifiée.

L'islam politique de Hassan al-Bannâ
Hassan al-Bannâ n'est pas un auteur oublié. En France, aujourd'hui, de grandes organisations musulmanes albannase réclament de lui, et un orateur comme Tariq Ramadan en est le thuriféraire habile auprès d'un public de jeunes musulmans. Or, il faut rappeler ses positions pour mesurer leur écart avec un islam qui, sans hypocrisie, accepterait la laïcité : "L'islam est à la fois religion et pouvoir, adoration et commandement. Coran et épée unis de manière indéfectible. (...) Dire que la religion est une chose et la politique en est une autre, est une prétention que nous combattons par tous les moyens. (...) L'islam auquel croient les Frères musulmans fait du pouvoir politique l'un de ses piliers... Dans nos livres de droit musulman, le pouvoir politique est un article de foi et un tronc et non une élaboration juridique et une branche. (...) Pensez-vous que le musulman qui accepte la situation présente, qui se consacre à l'adoration, et laisse le monde et la politique aux impuissants, aux criminels, aux étrangers et aux impérialistes peut être considéré comme musulman ? Non, il ne le peut pas. Il n'est pas musulman. Car l'islam authentique est à la fois djihad et action, religion et État." (1)


Réaffirmer l'islam religion
La trajectoire historique de l'islam politique a pris fin dans les tours du World Trade Center. La conscience musulmane doit se ressourcer dans une théologie issue de ses meilleures traditions pour réaffirmer un islam religion. Quelques pistes de réforme :

1) Recentrer la religion sur la verticalité du rapport à Dieu. L'islam est d'abord une religion de salut pour laquelle "nulle âme ne portera le fardeau d'une autre" (Coran). C'est seul que le croyant se présentera devant le Seigneur. Dans le triptyque Foi (dogme et croyances), Loi (norme) et Voie (spiritualité), il importe de reconsidérer désormais la foi et le cheminement spirituel délaissés au profit d'une obsession de la norme.

mihrab_sheikhlotfollah
recentrer la religion sur la verticalité du rapport à Dieu
mihrab de la mosquée du Cheikh Lotfollah à Ispahan (Iran)

2) Réhabiliter les thèses de la théologie musulmane qui permettent l'évolution. Par exemple, la thèse du Coran créé, soutenu par le courant mutazilite contre celle du Coran incréé (qui n'est pas une obligation de foi), réinscrit le Texte dans l'histoire et autorise une lecture selon ses finalités contre tout fixisme juridique. Autre exemple la thèse de la licéité originelle, formulée entre autres par le grand soufi Ibn Arabî explique que l'homme n'a pas à combler les silences de Dieu car "ce que la Loi tait n'est pas plus fortuit que ce qu'elle énonce" En conséquence domine le principe de licéité. Or, sur le politique, le Coran est muet : "l'État islamique" n'est qu'une idée humaine n'ayant aucune valeur religieuse intemporelle.

3) Rappeler la thèse musulmane d'une distinction du spirituel et du temporel exposée doctrinalement par le cheikh Ali Abderraziq en 1925. La réfutation circonstancielle de cet auteur par l'autorité religieuse d'al-Azhar n'invalide pas une argumentation solidement basée sur le Coran. Sa postérité, dans le domaine politique, pourrait être comparable à celle d'Averroès dans le domaine philosophique.
Son idée principale est que l'islam est un message de Dieu et non un système de gouvernement : "Ils ont fait de toi un roi, ô Prophète de Dieu, car ils ne reconnaissent aucune dignité plus élevée !". On pourrait lui trouver des précédents dans la pensée musulmane. Selon Hassan al-Basrî (mort en 728), qui appartenait à la catégorie des Suivants des Compagnons du Prophète, tout croyant se devait d'exprimer le jugement de sa propre conscience sur celui de ses chefs dont il réprouvait la conduite : la distinction du spirituel et du politique était ainsi stipulée.

4) Relativiser la validité théorique du califat (ou imâmat). Des auteurs incontestés ont souvent déclaré qu'il n'était pas une question de foi. Le théologien et juriste Al-Juwaynî que sa renommée a fait surnommer l'imam des Deux sanctuaires (la Mecque et Médine) écrivait au XIe siècle : "La question de l'imâmat n'est pas une des bases de la croyance". Et le grand Ghazâlî (mort en 1111) : "La question de l'imâmat ne peut pas être rangée parmi les questions importantes ou les questions rationnelles. Elle relève plutôt du fiqh et est la source de nombreux conflits". En réalité, dans le monde musulman aussi, le politique a émergé pour répondre à des nécessités très profanes, et les ulémas n'ont fait que théoriser et légitimer des pouvoirs de fait.

5) Abandonner la conception "identitaire" de l'islam, telle que la développent le mouvement fondamentaliste Tabligh ou un auteur comme Tariq Ramadan sur la base d'une imitation littéraliste du Prophète. Pour eux, l'islam est un mode de vie et la marginalité vestimentaire qu'ils prônent (voile pour les unes, barbe pour les autres...) est en réalité une stratégie de refus de l'intégration culturelle à la société, qui n'a strictement aucun fondement religieux. Elle a pour but d'habituer celui qui s'y soumet à vivre en état de dislocation mentale à l'égard de ce qui ne provient pas directement de sa "communauté" et alimente une occidentalophobie haineuse.
Or, comme le disait Soheib Bencheikh, le Prophète n'a jamais vécu comme un marginal dans son milieu. L'imiter consiste donc, d'abord, à ne pas vivre comme un marginal dans sa propre société. L'islam n'est pas une identité mais une foi, un rite, une spiritualité. Et sa théologie doit le proclamer

Michel RENARD
directeur de la revue Islam de France


1 - Cité par l'intellectuel égyptien Rifaat el-Saïd, in Contre l'intégrisme islamiste, Maisonneuve et Larose, 1994, p. 42. On trouve également ces textes de Hassan al-Bannâ dans le livre d'Olivier Carré et Michel Seurat, Les Frères Musulmans, 1928-1982, L'Harmattan, rééd. 2002.

* article envoyé à l'hebdomadaire La Vie, suite à une commande, et publié, sous une forme quelque peu réduite, en novembre 2001.

012
Le voyage nocturne du Prophète, Nezâmi, Khamseh (Les Cinq Poèmes)
Bâghbâd (Turkménistan) [et Ispahan, Iran], 1619-1624
Papier, 368 f., 29,5 x 20,5 cm
Provient de l'interprète et consul Jean-Baptiste Nicolas ; acquis par la Bibliothèque Nationale en 1877
BNF, Manuscrits orientaux, supplément persan 1029, f. 4 v°  (source)
   



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dimanche 10 décembre 2006

Réponse à Bernard Dréano (Michel Renard)

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Réponse à Bernard Dréano

un pas de plus dans la compromission
avec les valeurs réactionnaires et anti-démocratiques
des islamistes...!

Michel RENARD



* Après lecture de l'article de Bernard Dréano*, intitulé "Les doubles machoires du piège" sur Oumma.com (dimanche 12 février 2006)

Et un pas de plus dans la compromission avec les valeurs réactionnaires et anti-démocratiques des islamistes...!

Après la laïcité (islamophobe, bien sûr) et les droits des femmes (qu'il faut culturaliser pour leur être mieux fidèles, bien sûr), voilà la liberté d'expression qui est brocardée au nom d'une alliance sans principes avec les petits soldats du fondamentalisme Frère Musulman.

Bravo...! quel chemin pour un leader de l'anti-impérialisme des années 1980. Et quelle conclusion ne sème-t-on pas dans les esprits... Car si une défense rigoureuse de la laïcité, des droits des femmes et de la liberté d'expression conduit à être placé dans le camp "islamophobe" et "raciste", quelle raison d'être "islamophile" (éventuellement), "anti-raciste" et "anti-impérialiste" ?

Le Cedetim recruterait-il désormais pour de Villiers ?

Et la compromission ira s'accentuant car vous n'avez plus de principes, donc plus de moyens de raisonner face à la logique des fondamentalistes qui, eux, ont une logique et des principes. Votre seule préoccupation, c'est le "terrain", la "base de masse" censée être celle des islamistes dans la jeunesse. Vous êtes donc conduits à fermer les yeux sur ce que révèle, peu à peu, ce mouvement de ses convictions profondément réactionnaires. Cela ne rappelerait-il pas la politique suicidaire du Parti communiste allemand sous la République de Weimar ?

On prétend : "lutter aux cotés de ceux qui sont opprimés par ces cléricalismes"... Mais, la réalité, c'est qu'ils sont surtout opprimés par des appareils politiques et des clans prédateurs, et cherchent, justement dans ces cléricalismes, les catégories idéologiques de leur combat. On me répondra peut-être, comme le faisaient les anciens maoïstes : "contradiction principale et contradictions secondaires"... à moins que vous ne soyez carrément passés sur les positions politiques et culturelles des islamistes ? En tout cas des "islamistes" que vous qualifiez "d'ouverts". Mais "ouverts" à quoi ? "ouverts" à quelle régression des principes démocratiques ?

Quand les islamistes reprochent aux États arabo-musulmans leur manque de démocratie, cela signifie : le manque de démocratie à leur égard. Mais quand ils parviennent au pouvoir, que font-ils de la démocratie ? Ils la remisent au magasin des accessoires et imposent les dispositions profondément réactionnaires de la "charî‘a". Et qu'on ne vienne pas me parler du régime "républicain" en Iran : le suffrage universel n'a pas le pouvoir de désigner les vrais dirigeants du pays...!

Voilà où vous en êtes arrivés, le Cedetim, les altermondialistes pro-Ramadan, etc. : à justifier les limites à la liberté d'expression - limites que revendiquent les islamistes et tous les fondamentalistes...! Vous auriez embastillé Voltaire !

Quant à la manière de  "mener la lutte pour la liberté de conscience et pour la liberté d'expression, l'une et l'autre et pas l'une contre l'autre", la formule est illusoirement facile...

Dans la réalité, on peut être amené, pour défendre la liberté de conscience de tous, à restreindre la liberté d'expression dans certains espaces : c'est le cas de la loi prohibant les signes religieux à l'école (laïcité). Ou bien, pour défendre la liberté d'expression de tous, non pas de restreindre la liberté de conscience (car elle n'est pas menacée par ces caricatures), mais d'empêcher l'exclusivisme d'une certaine conscience d'infliger ses propres critères aux autres : c'est le cas de la défense de la liberté d'expression à l'égard des religions ou des idéologies.

Michel Renard, directeur de
l'ex-revue Islam de France


* Bernard Dréano est dirigeant du Cedetim et d'un réseau appelé (avec quelle légitimité ?) "l'Assemblée européenne des citoyens". Il est signataire de l'appel des "Indigènes de la République" et a participé au collectif anti-laïcité "Une école pour tous-tes".


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Bernard Dréano, à droite

 


 

Réponse de Bernard Dréano

Bernard DRÉANO, par courriel


21816_tnOrganisateur de rencontres avec Salman Rushchdie du temps ou des centaines de tueurs étaient à ses trousses, compagnon de combat de militants afghans ou irakiens tués par les islamistes radicaux, toujours engagé dans la lutte contre les fascistes de l'extrémisme islamique, (y compris et surtout en France), je ne vois pas pourquoi je devrais maintenant ipso facto m'enroler dans l'Union Sacrée islamophobe à la manière de Philippe Val et consort.

Évidemment il est plus simple de m'attribuer des positions idiotes que d'argumenter. Moi je part des pratiques réelles des gens rééls ce qui me conduit, sur le terrain à combattre par tous les moyens les djihadistes enragés et les conservateurs tablighis, à lutter politiquement, avec mes amis musulmans, chrétiens ou athés, ici ou la bas, contre les frères musulmans tendance Hamas ou PJD, et pas à esquiver ces luttes au nom de la "laïcité" contre tous les musulmans.

Je prèfère toujours la laïcité et l'anticolonialisme de Jaures et de Louise Michel à celles de Combes et de Jules Ferry.

Mais libre à vous de préférer l'Union sacré et de croire que Tariq Ramadan est un fils naturel d'Hitler...

Sera-t-il possible un jour de parler de ces questions sérieusement?

Bernard Dreano






Réponse à la réponse

Michel RENARD


"Organisateur de rencontres avec Salman Rushdie du temps ou des centaines de tueurs étaient à ses trousses"... c'est bien ce que je dis : les temps ont changé. Demandez donc à vos "alliés islamistes ouverts" ce qu'ils pensent de Rushdie... Ils l'exècrent comme les auteurs des caricatures, comme ils exècrent les modernistes musulmans tels l'égyptien Nasr Abû Zaid condamné à l'exil. Ce sont les mêmes qui manifestaient contre Rushdie et qui se démènent aujourd'hui contre la publication des caricatures.


Il n'y a pas plus "d'Union sacrée" aujourd'hui qu'il y en a eu au moment du NON au traité constitutionnel. L'amalgame est trop simple. On peut défendre la liberté d'expression sans épouser les positions de Philippe Val ou celles de de Villiers...


Vous dites : "combattre par tous les moyens les djihadistes enragés et les conservateurs tablighis, à lutter politiquement, avec mes amis musulmans".

Cette caractérisation est intellectuellement fantaisiste :

- faut-il seulement combattre les djihadistes "enragés" ? les autres, qui sont-ils ? existe-t-il des djihadistes "modérés" ?

- en admettant qu'on ait voulu dire que tous les djihadistes étaient enragés, qu'est-ce qui les sépare des autres islamistes, sur le fond ? Le passage à l'acte, me direz-vous. Mais les différences d'appréciation sur le passage à l'acte ne relèvent que de l'opportunité, ne relèvent que d'évaluations divergentes du rapport des forces et des étapes dans un combat général qui, pour tous les fondamentalistes, est perçu comme devant déboucher sur un État islamique appliquant la sharî‘a. Cela est-il admissible ?

- les "conservateurs tablighis" sont, peut-être plus conservateurs que les islamistes dans le sens où ils refusent tout rôle à la femme (sauf celui de faire la cuisine pendant que les hommes effectuent les "khourouj", sortie missionnaire...!), mais tous s'entendent pour une nette séparation des hommes et des femmes dans la société, et la subordination de ces dernières aux premiers. Les "amis musulmans" du Cedetim fondent leur pensée sur celle de Hassan al-Bannâ pour qui «la société musulmane n'est pas une société mixte, mais une société monosexuelle ; il y a donc des "sociétés pour les hommes" et des "sociétés pour les femmes". La mixité est pour lui une coutume importée de l'Occident, donc étrangère à l'islam» selon la sociologue Leïla Babès.

- j'aimerais bien savoir comment on peut lutter "contre les frères musulmans tendance Hamas" et faire alliance avec les partisans de Tariq Ramadan qui exultent à la victoire électorale du Hamas.

Quant à l'anticolonialisme de Jaurès... il faut le tempérer par son approbation de l'occupation de la Tunisie, par le fait qu'il a toujours soutenu Jules Ferry dans l'affaire du Tonkin... Même après son ralliement au socialisme en 1893, son attitude "anticoloniale" n'est pas évidente. En 1898 il écrit : "Si quelques fous songeaient à dépouiller la France de son domaine colonial, toutes les énergies françaises et toutes les consciences droites dans le monde se révolteraient contre une pareille tentative" (9 novembre). En 1903, il déclare à la Chambre : "Oui il est à désirer, dans l'intérêt même des indigènes du Maroc comme dans l'intérêt de la France, que l'action économique et morale de notre pays s'y prolonge et s'y établisse" (20 novembre). Jules Ferry aurait dit la même chose... et Eugène Étienne, du parti colonial, partageait de telles vues.

Et si Ferry avait dit "races inférieures" (sans qu'il n'y ait ni le mépris ni le "racisme" dont ces termes furent porteurs plus tard), Jaurès, lui, parlait de "peuples enfants". La croyance en un "devoir de civilisation" était commune à Ferry et à Jaurès.

Quant à Émile Combes, il fut, lorsqu'il était sénateur, l'auteur d'un rapport sur les médersas qui enjoignait de restaurer l'enseignement religieux dans ces écoles franco-arabes en Algérie. Comme quoi, les convictions laïques les plus fortes ne sont pas synonymes d'islamophobie...!

"Tariq Ramadan, fils naturel d'Hitler". Étrange coïncidence... Je viens de lire le roman de Harry Mulish, Siegfried. Une idylle noire (Folio, octobre 2005) dans lequel il est question du fils du Führer et d'Éva Braun... Mais passons...

Je n'ai jamais dit ni écrit une telle chose à propos de Ramadan. J'ai seulement rappelé qu'il ne reniait rien de sa filiation, c'est-à-dire la pensée de Hassan al-Bannâ, et que celui-ci ayant dit que l'islam est «la religion qui contient un gouvernement», on ne pouvait ensuite, sans rétention mentale ni esprit manoeuvrier, approuver sincèrement la laïcité qui dit que religion et gouvernement sont deux sphères distinctes.

J'ai également souligné que la référence mondiale des Frères Musulmans et de Tariq Ramadan est le cheikh Qaradawî qui écrit : «L'Islam rejette totalement cette fragmentation entre ce qu'on appelle religion et ce qu'on appelle l'État : du point de vue de l'islam, tout relève de la religion, tout relève de la Loi». Comment peut-on avoir pour "amis" (au sens politique, j'entends) de tels partisans du totalitarisme religieux...?

Aucun des dirigeants du Cedetim, ni aucun leader altermondialiste, qui ont fait alliance avec Tariq Ramadan, n'ont jamais répondu "sérieusement" à ces questions.

Michel Renard
directeur de l'ex-revue Islam de France

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jeudi 7 décembre 2006

Le silence des musulmans modérés (Bernard Kaykel, 2002)

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Le silence des musulmans modérés (2002)

Bernard HAYKEL

 

 

june18_hostage_bernard2par Bernard Haykel, professeur à l'Université de New York, chargé des études sur le Moyen Orient – site www.dawn.com email bernard.haykel@nyu.edu

Article paru dans la presse américaine le 5-12-2002

Traduit par Albert Soued, écrivain - site www.chez.com/soued

 

Nous sommes nombreux aux États-Unis à être déconcertés par le silence apparent des Musulmans modérés depuis les événements du 11 Septembre 2001.

En dehors des premières condamnations d'intellectuels réputés de l'Islam, la plupart des Musulmans010911_10 semblent avoir accepté la prise en otage de leur religion par les extrémistes.

On appelle "modérés" ceux qui en principe rejettent l'usage de la force et de la violence aveugle pour faire aboutir des objectifs politiques. Or ces "modérés" n'ont pas encore pris position contre les attentats terroristes, ni dans les journaux ni dans les médias audiovisuels.

Il y a néanmoins quelques exceptions notables, comme Khaled Abou el Fadl de l'UCLA qui a d'emblée condamné l'Islam radical. Mais ces rares voix en Occident n'ont pas eu un écho dans le monde musulman. Bien au contraire la majorité de ce monde a montré son scepticisme et a même nié l'implication de leurs frères dans les attaques terroristes. Ils sont allés même jusqu'à inventer un "complot sioniste".

Cet été j'ai fait un grand voyage à travers le Moyen Orient et l'Asie pour rencontrer des érudits de l'Islam, et j'ai donc visité des mosquées, des écoles coraniques, des librairies et des magasins vidéo, tout en regardant les programmes des télés locales ou à satellites et leurs invectives. J'ai feuilleté dans les librairies une documentation considérable sur Osama Ben Laden, et la majorité des écrits ne tarissent pas d'éloges à son égard, tout en imputant la responsabilité des événements aux "militaires américains et aux forces secrètes menées par des Juifs…!"

La perception de ces événements est rapportée d'une manière exemplaire par cet employé saoudien de la "Ligue du Monde Musulman" qui me confia que tout ce qui s'est passé aux États-Unis en septembre 2001 avait pour seul but d'"affaiblir et de détruire l'Islam"!

Pourtant peu de gens rencontrés ont manifesté une satisfaction quelconque devant l'ampleur du drame, mais ils appuyaient sans retenue Al Qaeda. Un juriste de Deoband en Inde, est allé jusqu'à dire par exemple que s'il était prouvé que Osama Ben laden était responsable des attaques subies par les Américains, aucun tribunal islamique ne pourrait le condamner, car il aurait agi conformément aux convictions exprimées par d'éminents juristes musulmans.

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J'ai aussi rencontré des Musulmans modérés qui ont condamné ces actes qui ont terni l'image de l'Islam, mais ils prétendent que ce n'est le fait que d'une minorité, qui ne représente pas le principal courant de l'Islam. Mais quand je leur demandais s'ils avaient exprimé leur point de vue à haute voix dans les médias, ils se sont contentés de hausser les épaules. Comment interpréter alors ce silence?

La raison évidente de ce silence est que al Qaeda, par ses attaques répétées et la réaction militaire américaine qu'elles ont entraînées, a réussi à instillé dans l'esprit des Musulmans que l'Amérique est le principal ennemi de la nation musulmane (ouma). De plus, cette conviction est confirmée par l'appui inconditionnel apporté par les États-Unis au gouvernement Israélien dans sa lutte contre la guerre d'usure, appelée "intifada", et par les préparatifs d'invasion de l'Irak.

Les Musulmans se sentent attaqués directement sur le plan militaire et sur de nombreux fronts. Un intellectuel indien musulman de Nadwat al Oulema, le fameux séminaire de Lucknow, exprime son sentiment en disant qu' "une alliance mondiale a été formée par les Etats-Unis, un arc qui va du fondamentalisme hindou de l'Inde, à travers la Chine, la Russie et aboutit aux Etats-Unis, et dont le but est d'encercler et puis d'étouffer le monde islamique". À travers mes pérégrinations, j'ai noté un niveau de haine insoupçonné, non seulement provoqué par la politique américaine, mais surtout par l'exportation de ses valeurs. Face à un ennemi aussi puissant, les Musulmans préfèrent ne pas laver leur linge sale en public et ne pas s'engager dans des récriminations mutuelles ou des polémiques. Et les sermons des mosquées, les émissions de radio et de télévision insistent plutôt sur la nécessité de rester fermes et unis contre l'ennemi commun. Certains religieux shiites préconisent même un boycott des produits américains. Des posters et des "fatwas" exhortant un tel boycott ont été placardés à Beyrouth-Ouest pendant le mois de Juillet. C'est pour ces raisons que toute critique des extrémistes est considérée comme une trahison de la cause de la "Oumah" (communauté mondiale musulmane).

pic03Il y a également des raisons historiques au silence des musulmans modérés. Lors du dernier demi siècle, ces modérés ont été progressivement marginalisés aux franges de la société politique et intellectuelle, par une nouvelle génération d'activistes connus sous le nom de "salafi" ou "wahabi".

Les "salafi" sont des intégristes qui en matière d'interprétation religieuse s'en tiennent à la lettre du texte coranique et perçoivent la plupart des valeurs occidentales et modernes comme antinomiques à l'Islam. Osama Ben Laden en est un. Bien que souvent ils ne soient pas imprégnés de connaissance religieuse traditionnelle, ces "salafi" diffusent une vision de l'Islam à la fois simpliste et utopique, la revendiquant comme "authentique", car opposée aux valeurs socio-politiques de l'Occident qui menaceraient l'ordre musulman.

Comment se fait-il que cette vision "salafi" ait pris une telle ampleur depuis les années 70?

  1. Tout au long du XXe siècle, les États Musulmans ont coopté des érudits modérés notamment dans les emplois administratifs. Ceux-ci sont  devenus les porte-parole de leur gouvernement et, sur n'importe quel sujet, ils apportaient une caution islamique. Les exemples les plus importants sont par exemple, la fatwa du Moufti d'Egypte autorisant la signature de la paix avec Israël, ou celle qui autorise l'usage de méthodes de contraception pour contrôler le développement démographique. Aux yeux de certains intégristes ces clercs modérés ont perdus toute crédibilité.

  2. Les échecs répétés socio-économiques des politiques séculières et nationalistes de la plupart des pays arabes, qui s'ajoutaient à un autoritarisme armé d'état ont traumatisé le citoyen ordinaire. La mosquée en a profité pour diffuser des messages de sédition auprès de la nouvelle génération plus militante et plus islamique, inspirée par les succès de la révolution iranienne et des moujahidin d'Afghanistan.

  3. Mais le facteur décisif dans le silence des "modérés" a été l'accumulation de sommes énormes de pétrodollars par le Royaume d'Arabie Saoudite et les émirats du Golfe qui ont été dépensées pour la propagation de la doctrine salafi ou wahabi, déjà en vigueur dans le centre l'Arabie (Najd) depuis le XVIIe siècle. A contrario les centres traditionnels d'éducation religieuse ont été privés de cette manne et ils n'ont pas pu former et recruter une nouvelle génération d'érudits modérés. Faute de ressources, la menace wahabi n'a pu être concurrencée ni jugulée.

En Inde, quand j'y étais au mois d'août, j'ai remarqué que le gouvernement Saoudien subventionnait activement la création d'écoles où on prodigue un enseignement religieux intégriste ; et il donnait des bourses à de jeunes étudiants, afin qu'ils puissent s'imprégner de wahabisme dans les universités d'Arabie. On ne peut occulter le fait que pendant ces dernières années l'influence wahabi de l'Arabie a été décisive et elle a modifié le paysage religieux de la région. Ainsi par exemple au Yémen la diffusion de cette doctrine et son financement a torpillé les sectes traditionnelles et modérées Zaydis et Shafiis. Les Zaydis ont pratiquement disparu.

talibanOn peut constater un phénomène analogue au Pakistan où les formes asiatiques d'appréhension de l'Islam telles que le mysticisme "soufi" ont été violemment attaquées par les "salafi". De même en Inde les érudits "h'anafi" de Deoband et les "Nadwa" commencent à désapprouver l'enseignement traditionnel musulman spécifique à l'Inde et qui tient compte des croyances et des pratiques hindoues, leur préférant la doctrine venant d'Arabie. Ce qui est encore plus important, c'est que les richesses du pétrole d'Arabie et des émirats a permis d'acquérir de nombreux médias et des réseaux de télévision où toute critique de la doctrine "salafi" est strictement prohibée et toute discussion religieuse censurée.

Mais cette censure religieuse semble s'atténuer depuis les événements de septembre 2001, des sheikhs non salafi ayant pu s'exprimer sur les chaînes de télévision Iqra, MBC ou al-Jazira. Mais il est difficile de discerner une telle atténuation, à moins d'être versé dans les nuances du langage religieux, dans ses allusions et dans ses références.

Toujours est-il que devant cette attaque massive du monde musulman par les salafi, il n'est pas surprenant que les plus dynamiques des "modérés", tels que Tariq Ramadan ou Nasr Hamid Abou Zaid, pour ne citer que deux, se soient réfugiés en Occident. Les Musulmans nés en Occident devraient être à l'avant-garde du combat de l'Islam modéré, mais ils n'ont pas les mêmes préoccupations et ils subissent également des pressions.

En effet il ne faut pas perdre de vue qu'aujourd'hui le message salafi résonne comme "moderne" aux oreilles du Musulman désenchanté, qui ne trouve pas sa place dans une société occidentale qui lui apparaît parfois comme décadente. Le wahabisme apporte des certitudes et ne se perd pas dans les nuances ou les affres du questionnement: il offre un Islam musclé, sain et conquérant, d'où son attrait et son succès.

Jusqu'au jour où il pourra apporter cet élan dynamique, l'Islam modéré restera marginal dans le débat en cours qui cherche à savoir comment être musulman et à déterminer les contours de l'identité de la société musulmane  moderne.

Bernard Haykel

Email:  bernard.haykel@nyu.edu

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liens vers Bernard Haykel

- bio-bibliographie : New York University, Departement of History

- bio-bibliographie : New York University (Arts & Science)

- bio-bibliographie sur le site du Department of Middle Eastern and Islamic Studies (université de New York)

- articles parus dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (REMMM)

- "Middle East : al-Qaeda takes a back seat" (The New York Times, 26 juillet 2006)

- "The Enemy of My Enemy et Still My Enemy" (The New York Times)

- "Terminal Debate" (The New York Times, 11 octobre 2005)

- Bernard Haykel on Suicide Bombings

- "The future of Saudi Arabia" (11 mars 2004)

- "Popular Support First. A response to “Islam and the Challenge of Democracy”" (Boston Review, avril 2003)

- "Al-Shawkânî and the Jurisprudential Unity of Yemen", Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (référencé sur le site REMMM)


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samedi 2 décembre 2006

la revue "Islam de France"

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les 8 numéros de la revue Islam de France, 1998-2000



la revue "Islam de France"


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Michel Renard, fondateur de la revue


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samedi 18 novembre 2006

Islam politique ou islam religion (Michel Renard)

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Islam politique ou islam religion

Michel RENARD


Deux dangers guettent la conscience musulmane française après le 11 septembre : la dénégation de toute implication musulmane dans les attentats-suicide, et un jugement se restreignant au rejet attendu de «l'amalgame» entre terrorisme et islam. La première réaction s'exprime sur les forums de quelques sites internet ou aux alentours de certains lieux de culte où l'on fustige de chimériques instigateurs («les Russes... ou les sionistes... ou les Américains eux-mêmes») sans vraiment susciter de désapprobation argumentée. La seconde est légitime, mais elle ne peut feindre longtemps d'ignorer que les auteurs des attentats sont bien des musulmans et non... des animistes du Monomotapa ! Une expression musulmane qui réduirait sa réaction à ce pathos négationniste et à cette ligne de défense un peu courte, faillirait à ses responsabilités.

Si l'islam de France est autre chose qu'une formule creuse, il ne peut s'exonérer d'une nécessaire clarification théologique. Les leaders musulmans qui n'ont cessé de répéter : «Il n'y a qu'un islam» ont trompé les gens. Cette formule a autorisé, par glissements successifs, une identification aux formes les plus extrémistes et perverties de la religion. Elle a fait paraître l'islam modéré ou tolérant pour un contretemps fade, une tactique sémantique passant pour un aveu de faiblesse devant le défi d'avoir à défendre le «vrai islam».

La vérité c'est qu'il existe plusieurs interprétations du message du Prophète. Le temps est venu de choisir entre l'islam religion, enraciné dans une séculaire sagesse musulmane, et l'islam politique apparu au début du XXe siècle. La formulation des termes d'une confrontation avec l'Occident dans les catégories du religieux islamique a une histoire. Elle débute en 1927, en Égypte, chez les Frères Musulmans et leur fondateur Hassan al-Bannâ. Celui-ci préconise un État islamique comme seule modalité de fidélité à la Loi religieuse. Cette version, dont l'application finit par générer un contrôle totalitaire de la société, s'est appuyée sur le fondamentalisme du mouvement salafi dit «réformiste» et sur l'obscurantisme wahhabite opposé à la raison. Elle s'est développée avec le Pakistanais Mawdûdî et son aberrante thèse de la «souveraineté de Dieu» à l'origine de la réduction de la charia à un code pénal tyrannique.

Après le 11 septembre, la question cruciale n'est pas de s'acharner à démontrer que l'islam est, par nature, étranger au massacre des innocents, mais bien de savoir quelle interprétation de l'islam n'a pas su empêcher certains musulmans de le provoquer !

Que sont donc les GIA, taliban et autres Ben Laden sinon le produit de la décomposition de cet islam politique parvenu à une déspiritualisation du message coranique ? Les musulmans n'ont pas besoin de cet islam idéologisé. Or, une fois publiée la condamnation des attentats par les représentants officiels de l'islam dans notre pays, aucune argumentation de fond n'est venue contrebalancer les effets désastreux de cette vulgate djihadiste. Et ce silence dure depuis des années, laissant proliférer des dérives extrémistes, une vision grossièrement clivée du monde, une lecture littéraliste du Coran, une misogynie théorisée, une idée agressive de la «supériorité» de l'islam, un racisme antijuif, etc.

Dans leur masse, les musulmans de France sont gênés par cette rhétorique réactionnaire et belliqueuse qui ne correspond pas à la quiétude d'une observance et d'une spiritualité héritée de leurs ancêtres. Ils ne partagent pas cette occidentalophobie identitaire qui contrevient à l'intégration culturelle à laquelle ils sont parvenus tout en assumant leur foi. Et s'ils ressentent douloureusement un universalisme à géométrie variable qui ne consentirait à s'exprimer que dans le cadre d'une solidarité intra-«occidentale», ils sont prêts à témoigner que l'humanisme de leur religion participe de l'universalisme des valeurs morales. Ils attendent donc des responsables religieux et des intellectuels une clarification de la théologie musulmane recentrée sur la verticalité du rapport à Dieu et le rejet des utopies meurtrières recourant au vocabulaire islamique.

Michel Renard
directeur de la revue Islam de France
article paru en pages "Rebonds" de Libération le 2 octobre 2001

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