mardi 23 novembre 2010

la fabrication planétaire d’un nouveau délit d’opinion,

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L’invention de l’«islamophobie»    

Pascal BRUCKNER, écrivain

 

Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent. Or une confession n’est pas une race, pas plus que ne l’est une idéologie séculière : l’islam, comme le christianisme, est révéré par des Arabes, des Africains, des Asiatiques, des Européens, de même que des hommes de tous pays sont ou ont été marxistes, libéraux, anarchistes.

Jusqu’à preuve du contraire, on a le droit, dans un régime démocratique, de juger les religions mensongères et rétrogrades et de ne pas les aimer. Se méfier de l’islam comme on a pu en d’autres temps se méfier du catholicisme, juger inquiétant son prosélytisme agressif, sa prétention à la vérité unique, son penchant sacrificiel, c’est manifester un sentiment qu’on estimera légitime ou absurde, ce n’est pas faire preuve de racisme. Faut-il parler de «libéralophobie» ou de «socialistophobie» parce qu’on est contre le règne du marché ou la redistribution des richesses ? Ou faut-il rétablir le délit de blasphème, aboli en 1791 par la Révolution, comme le réclame chaque année l’Organisation de la conférence islamique ainsi qu’en France, en 2006, un député UMP, Jean-Marc Roubaud, soucieux de punir tout ce qui bafoue ou calomnie «les sentiments religieux d’une communauté ou d’un Etat quel qu’il soit».

les fonctions de l'islamophobie

Le pari des sociétés ouvertes, c’est de concilier la coexistence pacifique des grandes croyances avec le droit à la libre expression. La liberté de culte est garantie et la liberté de critiquer les cultes également. Les Français, échaudés par des siècles de domination cléricale, souhaitent un affichage discret des croyances. Réclamer des droits séparés pour telle ou telle communauté, imposer de strictes limites à l’examen des dogmes nous ramènerait directement à l’Ancien Régime.

Le terme d’islamophobie remplit plusieurs fonctions : nier pour mieux la légitimer la réalité d’une offensive intégriste en Europe, attaquer la laïcité en l’assimilant à un nouveau fondamentalisme. Mais surtout faire taire les musulmans qui osent remettre le Coran en cause, en appellent à l’égalité entre les sexes, au droit à l’apostasie et aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir le diktat de doctrinaires ou de barbus. Il faut donc stigmatiser ces jeunes filles qui refusent le voile, souhaitent marcher sans honte, tête nue, dans la rue, foudroyer ces Français, ces Allemands, ces Anglais d’origine maghrébine, turque, africaine, algérienne qui réclament le droit à l’indifférence religieuse, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas jeûner pendant le ramadan. Il faut les désigner, ces renégats, à la vindicte de leurs coreligionnaires, les faire taire pour bloquer tout espoir d’une mutation chez les fidèles du Prophète (en France et de façon révélatrice, c’est un «Collectif contre l’islamophobie» qui soutient juridiquement les femmes verbalisées pour port du voile intégral).

Nous assistons à la fabrication planétaire d’un nouveau délit d’opinion, analogue à ce qui se faisait jadis dans l’Union soviétique contre les ennemis du peuple. Et ce avec l’onction des médias et des pouvoirs publics. Notre président lui-même, jamais en retard d’une bourde, n’a-t-il pas comparé l’islamophobie à l’antisémitisme ? L’erreur est tragique : le racisme s’attaque aux personnes en tant qu’elles sont coupables d’être ce qu’elles sont, le Noir, l’Arabe, le Juif, le Blanc. L’esprit critique, à l’inverse, porte sur les vérités révélées, les écritures toujours susceptibles d’exégèses, de transformations. Cette confusion a pour objet de déplacer la question religieuse du plan intellectuel au plan pénal, toute objection ou moquerie étant passible de poursuites.

c’est le christianisme qui est aujourd’hui le plus persécuté dans le monde, surtout dans les pays musulmans

Quant aux profanations de tombes, de lieux de culte, si elles relèvent évidemment des tribunaux, elles touchent dans leur immense majorité en France les cimetières ou églises chrétiennes (1). On s’en veut de le rappeler : de tous les monothéismes, c’est le christianisme qui est aujourd’hui le plus persécuté dans le monde, surtout dans les pays musulmans, Algérie, Irak, Égypte entre autres. Il est plus facile d’être musulman à Londres, New York ou Paris que protestant, catholique au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. Mais le vocable de «christianophobie» ne prend pas et c’est heureux. Imagine-t-on la Saint-Barthélemy condamnée par nos ancêtres sous l’angle de la discrimination plutôt que du fanatisme religieux ?

Il est des mots qui contribuent à infecter la langue, à en obscurcir le sens. «Islamophobie» fait partie de ces termes à bannir d’urgence du vocabulaire.

Pascal Bruckner
Libération, 23 novembre 2010

 

(1) Site du Conseil de l’Europe : https://wcd.coe.int

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mercredi 9 septembre 2009

La burqa n'est pas une pratique musulmane

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Le savant indien de l'islam Maulana Wahiduddin Khan :

la burqa n'est pas

une pratique musulmane mais

une pratique culturelle

 

Dans l'Etat de Karnataka au sud de l'Inde, l'Institut d'études supérieures Sri Venkatarama Swamy (SVS) de Bantwal et l'Institut d'études supérieures gouvernemental du district d'Appanagri ont interdit le port du foulard islamique et de la burqa sur le campus, selon un quotidien en ourdou.

L'institut gouvernemental a empêché 50 filles musulmanes vêtues de la burqa d'assister aux cours, tandis que le SVS a empêché une étudiante de 19 ans en section commerciale d'assister aux cours tant qu'elle ne se serait pas conformée au règlement de l'institut : à savoir, ne pas afficher d'identité religieuse, dans son cas en portant le foulard.

Ci-dessous un échantillon des réactions à ces interdictions : [1]

Le savant de l'islam Maulana Wahiduddin Khan : "Si le règlement d'un institut d'études supérieures impose aux filles de ne pas porter de burqa ou de foulard, celles-ci doivent le respecter."

L'éminent savant musulman indien Maulana Wahiduddin Khan (ci-dessus), qui a écrit plus de 200 livres sur l'islam, a déclaré: "La burqa ne fait pas partie de l'islam mais de la culture, cette culture qui est celle du peuple du sous-continent depuis des siècles. Personne ne peut imposer un code vestimentaire au nom de l'islam. C'est catégoriquement non islamique."

Il a ajouté : "Si le règlement d´un institut d'études supérieures impose aux filles de ne pas porter de burqa ou de foulard, celles-ci doivent le respecter. Celles qui ne sont pas d´accord quitteront l'Institut".

L'érudite musulmane Fareeda Khan: "La burqa est devenue un symbole de rigidité et n´a rien à voir avec l'islam."

Fareeda Khan, une érudite musulmane qui enseigne à l'Université Jamia Millia Islamia de New Delhi, s'est faite écho de Maulana Wahiduddin Khan, déclarant : "La burqa est devenue un symbole de rigidité et n´a rien à voir avec l´islam."

Elle a ajouté : "Il faut bien reconnaître que le port la burqa, qui fait partie de la culture du sous-continent, a été détourné pour commettre des attentats-suicide. Pourquoi ne pas éviter la burqa ? La burqa ne fait partie d'aucun code vestimentaire islamique .... Je suggère aussi à mes étudiantes ne pas porter la burqa à l'université. "

_____________________________________

 

[1] www.theindian.com, Inde, 20 août 2009 ; Roznama Rashtriya Sahara, Inde, 19 août 2009.

Pour consulter l'intégralité des dépêches de MEMRI en français et les archives, libres d´accès, visiter le site www.memri.org/french.

 

MEMRI    Middle East Media Research Institut
Dépêche spéciale n° 2522

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jeudi 21 mai 2009

"les porcs descendent des juifs" selon un cheikh d'al-Azhar

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un responsable du ministère égyptien


des cultes explique :


les porcs d'aujourd'hui descendent


des Juifs et doivent être abattus



MEMRI - Middle East Media Research Institute
dépêche spéciale n° 2359

Selon un rapport datant du 9 mai 2009, paru sur le site jordanien en arabe www.factjo.com, l'inspecteur des affaires relatives à la Dawa au ministère égyptien des cultes, le cheikh Ahmad Ali Othman, a émis une fatwa établissant que tous les porcs d´aujourd´hui descendent des Juifs et doivent donc être abattus. Extraits :


"L'une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c´est là la preuve qu'ils descendent des Juifs"


Selon le site, le cheikh Othman établit dans sa fatwa que tous les porcs descendent des Juifs, qu'Allah a transformés en singes, en porcs, et en adorateurs de Satan, et doivent donc être abattus. Il se base sur le Coran (5:60) : "Dois-je vous indiquer quelque chose de pire que cela, [à en juger par] le traitement administré par Allah ? Ceux qui se sont attirés la malédiction d'Allah et Sa colère, dont certains ont été transformés par Lui en singes et en porcs, ceux qui ont adoré Satan – ceux-là sont pires en rang et bien plus égarés du droit chemin !"

Le rapport établit : "Othman affirme que ce verset [fait référence] au peuple de Moïse, et que [les commentateurs musulmans] Ibn Kathir, Al-Tabari et Al-Qassimi en apportent les preuves dans leurs ouvrages. Il note [en outre] qu'il existe deux écoles de pensée parmi les commentateurs coraniques : une opinion veut que les Juifs qui ont été transformés en porcs par Allah soient morts sans se multiplier, tandis que l´autre opinion stipule qu´ils se sont multipliés et que leurs descendants sont encore en vie aujourd'hui.

Appuyant [cette dernière hypothèse], le cheikh cite des hadiths dans lesquels le Prophète décrit l'un des signes annonciateurs de Jour du Jugement : les Juifs se transformeront en porcs pour être ensuite avalés par la terre."

Le rapport cite Othman en ces termes : "Je tends personnellement à croire que les porcs en vie aujourd´hui descendent de ces Juifs, et c´est pourquoi Allah nous en a interdit la consommation en ces termes : ´Seront pour vous interdits [à la consommation] les charognes, le sang et la chair du porc [Coran 5:3].´ En outre, l'une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c´est là la preuve qu´ils descendent des Juifs. Tous les porcs de la Terre seront détruits par Jésus au Jour du Jugement."


Ali Abu Al-Hassan, chef du Comité de la fatwa d'Al-Azhar, qualifie les déclarations d'Othman d'inexactes


Othman dit aussi que "celui qui consomme du porc est comme celui qui consomme le pain d'un homme impur" et que "les religions divines [en référence au judaïsme et au christianisme], dans leur forme originelle, interdisent la consommation de porc."


D'après le rapport, Othman estime que sa fatwa bénéficie de l'appui de certains grands cheikhs d´Al-Azhar, qui craignent toutefois d´exprimer leur opinion en public. Othman est cité en ces termes : "J'ai présenté ma fatwa à l'académie [d´Al-Azhar] de recherche islamique, afin d´obtenir un avis clair, mais je n'ai pas encore reçu de réponse [officielle]. C'est parce qu'[Al-Azhar] craint d'émettre une telle fatwa, qui pourrait valoir aux oulémas des accusations d'antisémitisme."


Le rapport présente en outre la réaction du cheikh Ali Abu Al-Hassan, chef du Comité de la fatwa d´Al-Azhar. Ce dernier qualifie les déclarations d´Othman d'"inexactes", précisant : "Quand Allah punit un groupe de personnes parce qu'elles ont éveillé sa colère, le châtiment ne s´applique qu'à elles [et à nul autre]. Quand Allah se fâcha contre le peuple de Moïse, il les transforma en singes et en porcs. Ce fut un châtiment inhabituel, devant s'avérer dissuasif pour les autres. Mais [ces singes et porcs] ont péri et ne se sont pas multipliés, comme le prétend Cheikh Ahmad ´Ali Othman."

 

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dimanche 20 mai 2007

Je viens de lire "Le voile déchiré", de Carmen Bin Laden

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Je viens de lire "Le voile déchiré",

de Carmen Ben Laden

 

Quand la perversion d'une religion jongle avec l'horreur et la barbarie... c'est le FONDAMENTALISME MUSULMAN INTEGRISTE.......


51levoiledechire Je viens de lire Le voile déchiré, de Carmen Bin Laden (belle-sœur d'Oussama Ben Laden). Ce livre m'a profondément marqué. C'est l'histoire d'une jeune fille élevée en Suisse, de père suisse et de mère iranienne, qui tombe amoureuse d'un séduisant Saoudien, l'épouse et va vivre avec lui en Arabie saoudite. Elle y passe quatorze ans et lui donne trois enfants.

Elle raconte en détail ce qu'est la vie d'une femme dans ce pays soumis au wahhabisme, c'est-à-dire au fondamentalisme musulman : une femme doit être soumise à son mari et ne peut voyager sans son consentement écrit ; elle ne peut sortir de sa maison sans accompagnement masculin, même pour traverser la rue; elle ne doit sortir que voilée de la tête aux pieds, sans montrer un centimètre carré de sa peau; elle ne peut adresser la parole à un homme et celui-ci doit détourner le regard sur son passage ; elle ne peut ni conduire une voiture ni travailler, etc.

Elle décrit aussi des blocages qui résultent d'une stricte obéissance au Coran dans la société saoudienne et les situations cruelles qui en résultent, le fanatisme de certains Saoudiens comme son beau-frère Oussama, et les déchirements auxquels sont soumis les hommes et femmes qui essaient de concilier culture occidentale et wahhabisme.

Son livre, qui se lit d'un trait, complète celui de Betty Mahmoody, Jamais sans ma fille, qui raconte les malheurs d'une Américaine mariée à un Iranien et exposée aux pratiques chiites, à peine moins tyranniques que le wahhabisme.

À la lecture de ces livres, témoignages accablants des ravages du fondamentalisme musulman, on ne peut s'empêcher de conclure que la pratique de la religion musulmane, telle qu'elle y est décrite, est incompatible avec la vie dans une démocratie occidentale. La religion musulmane y apparaît seulement compatible avec les mœurs de tribus de Bédouins nomades du septième siècle, car elle impose à tout instant sa manière de vivre, sa vision inégalitaire et antidémocratique de la vie en société, de l'autorité et de la justice.

Une femme ne peut être soignée par un médecin homme. Lorsqu'en Arabie saoudite un incendie a ravagé une école de jeunes filles, la police religieuse a empêché les pompiers de porter secours aux filles, préférant les voir brûler vives plutôt que de laisser ces hommes s'en approcher. Ne pouvant travailler, ne pouvant même pas s'exprimer en public, une femme est un être inférieur, qui n'a aucune chance de se réaliser. Son mari a le droit de prendre plusieurs épouses et d'avoir des aventures, mais elle n'a pas le droit de le tromper, sous peine de lapidation.

Un voleur a la main coupée. Un chef de clan a droit de vie ou de mort sur toute femme de son clan, qui doit manif_saudi_ind_afp220épouser l'homme que celui-ci aura choisi pour elle, etc. En Arabie saoudite il n'y a ni médias libres, ni élections démocratiques, ni syndicats, ni justice indépendante du gouvernement. Les Saoudiens ont des droits que n'ont pas les immigrés qui travaillent pour eux, même lorsqu'ils sont musulmans. On y enseigne la haine des Juifs et le mépris des autres non-musulmans. Et on y a financé les terroristes d'al Qaida qui ont commis les attentats du 11 septembre 2001… entre autres.

Les lois saoudiennes sont basées sur le Coran et les hadiths (autres textes sacrés de la religion musulmane, qui réunissent ce que la Tradition a pu consigner des propos du Prophète). Ces textes ont été écrits à une époque où les lois des sociétés étaient très différentes des nôtres. C'est ainsi qu'on trouve, dans le Nouveau testament (Saint Paul, première épître aux Corinthiens - XI, 6-10) le passage suivant :

"Si la femme ne porte pas le voile, qu'elle se fasse tondre! Mais si c'est une honte pour une femme d'être tondue ou rasée, qu'elle porte un voile! L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image de la gloire de Dieu... Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme. Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance..."

Le christianisme a donc, lui aussi, des textes aujourd'hui tombés en désuétude. Mais il a su évoluer sur des points fondamentaux, par exemple lors du Concile Vatican II.

Un Islam tolérant
J'ai aussi lu deux livres de M. Dalil Boubakeur, Recteur de l'Institut musulman de la Mosquée de Paris, médecin ayant exercé pendant 25 ans et enseigné à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière et président du Conseil français du culte musulman : Les défis de l'Islam (éditions Flammarion) et Non! l'Islam n'est pas une politique (éditions Desclée de Brouwer). Le Recteur Boubakeur y présente un islam tolérant, moderne et encourageant la réflexion personnelle, diamétralement opposé au formalisme wahhabite qui exige l'obéissance inconditionnelle. La religion musulmane qu'il y décrit est parfaitement adaptée à une intégration réussie dans une société occidentale.

samir de casa
19/05/2007 08:02:14
source : http://www.emarrakech.info


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mercredi 15 novembre 2006

Références islamiques contre l'iconoclasme taliban

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les statues géantes de Bouddhas à Bamiyan



Références islamiques

contre l'iconoclasme taliban

Michel RENARD

 

La destruction des images (iconoclasme) et statues bouddhiques par le régime des Talibans suscite une réprobation générale. Pour certains musulmans qui pensent que le monde entier passe son temps à comploter contre l’islam, cette réprobation, qu’ils qualifient "d’hypocrite", risque de renforcer leur vision paranoïaque et leur mentalité "forteresse assiégée".

C’est que leur conception de l’islam a probablement été nourrie des mêmes références qui sont aujourd’hui celles des Talibans, formés au Pakistan et soutenus par le régime wahabite de l’Arabie saoudite : un islam transformé en idéologie politique de combat contre un Occident caricaturé et diabolisé.

Et pourtant, je trouve dans l’histoire et la pensée musulmane des références qui condamnent l’attitude des Talibans comme obscurantiste et exprimant une profonde perversion de ce que pourrait être une réflexion contre l’idolâtrie contemporaine, capable de contextualiser la manière dont les premiers musulmans ont lutté contre l’idolâtrie. Cette réflexion serait à situer dans l’esprit des finalités de la Charî’a (maqacid ech-Charïa) - position totalement ignorée des Talibans et de leurs maîtres idéologues pakistanais et saoudiens.

1 - La destruction des idoles a été pratiquée dans la phase fondatrice de l’islam, lors de la victoire militaire du Prophète contre les Qorayshites de La Mecque. Ce contexte inaugural du prophétisme victorieux définit de manière limitative sa portée, justement parce que la prophétie est close. Il justifie qu’on ne peut reproduire le geste du Prophète mécaniquement et hors de ce contexte. L’exemplarité du Prophète n’étant pas l’imitation formelle.

  • Après la destruction des idoles de la Ka’ba, le Prophète évoqua ainsi son geste : "Personne ne devait avant moi porter la main sur cette enceinte sacrée et personne ne le fera après moi. Je n’avais moi-même le droit de le faire que durant une partie du jour" (cité par Tor Andrae, Mahomet, sa vie et sa doctrine, Paris, Adrien Maisonneuve, p. 165).

2 - À côté des récits mentionnant la destruction d’idoles dans le cadre de la confrontation avec d’autres clans à Médine (affrontement politico-militaro-religieux), celui évoquant La Mecque en janvier 630 comporte une dimension spirituelle très forte.
La destruction des idoles par le Prophète a donc un caractère non reproductible, précisément parce qu’elle fut réalisée par lui et non par n’importe quel homme.
Le récit de Wâqidî (cité par Martin Lings, Le Prophète Muhammad. Sa vie d’après les sources les plus anciennes, Seuil, 1986, p. 359) indique :

  • "Le Prophète s’avança vers les idoles au nombre de trois cents soixante, qui étaient disposées en un vaste cercle autour de la Maison sacrée. Chevauchant entre celles-ci et la Maison, il répétait le verset révélé : "La Vérité est venue et l’erreur s’est dissipée. Certes, l’erreur ne peut que se dissiper" (Coran, XVII, 81), tout en pointant son bâton vers chacune des idoles, l’une après l’autre. Chaque fois que son bâton se tendait vers l’une d’elles, l’idole tombait la face en avant".

3 - Toutes les idoles ne furent pas détruites par le Prophète.
Il a demandé l’effacement des représentations païennes dans la Ka’ba, à l’exception d’une icône représentant la Vierge Marie et l’enfant Jésus, et d’une peinture représentant Abraham. Cet épisode est rapporté par Martin Lings qui cite Wâqidî citant lui-même Ibn Shihâb az-Zuhrî, ce qui indique que ce geste se trouvait mentionné dans l’histoire d’Ibn Ishâq avant qu’Ibn Ishâm ne l’ait abrégée. Cet épisode est conforme au texte coranique qui ne contient aucune interdiction générale des images.

4 - On peut invoquer l’humanisme du Coran contre l’iconoclasme des Talibans, en particulier à propos du rapport aux autres divinités :

  • "Ne blasphémez pas les divinités qu’ils invoquent en dehors de Dieu, de peur qu’ils ne soient portés, dans leur ignorance et par dépit, à blasphémer Dieu. C’est ainsi que nous avons fait que chaque peuple soit satisfait de son œuvre. Plus tard, ils retourneront tous à leur Seigneur, qui leur redira ce qu’ils avaient fait" (Coran, VI, 108).

Ou encore à propos du désordre :

  • "Nous accorderons l’ultime vie à ceux qui ne cherchent ni la domination sur la terre, ni la destruction et le désordre. La fin heureuse est réservée aux vertueux" (Coran, XXVIII, 83).

5 - S’ils ne tiennent pas compte de tout ceci, les Talibans n’ont, de toute façon, pas été capables de montrer que les statues bouddiques sont l’objet d’un culte menaçant l’islam. Ces statues appartiennent au patrimoine culturel et historique de l’humanité que le Coran n’appelle pas à détruire, au contraire :

  • "Ne parcourent-ils pas la terre, pour voir ce qu’il est advenu de ceux qui ont vécu bien avant eux ? Ils étaient pourtant plus forts qu’eux et ont laissé sur terre bien plus de vestiges" (Coran, XL, 21).

Alors que les Talibans laissent en paix ces "vestiges". Et que la protestation argumentée des musulmans s’élève contre cette barbarie qui défigure l’islam.

Michel Renard
février 2001, Le Monde des Débats
directeur de l'ex-revue Islam de France

 

 



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