lundi 9 avril 2007

"la laïcité est une affaire d'État" (Leïla Babès)

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"la laïcité est une affaire d'État"

Leila BABÈS

 

Poser la question en ces termes suggère qu'il s'agit là d'une expérience particulière de NOMS_DE_DIEUX_LEILA_BABES_PHOTO_M_LEROYséparation entre l'Église et l'État, un exemple parmi d'autres. La formulation peut même laisser entendre que le modèle est critiquable, justiciable d'une remise en question. Et il l'est. Pas simplement en Europe, mais en France même, y compris par des laïcs qui se laissent prendre au piège de la culpabilité, à la honte d'appartenir à une tradition jugée «trop» radicale, «trop» singulière, «trop» ignorante des préoccupations identitaires. Bref, la France serait non pas laïque, mais laïciste.

En vérité, en voulant nous faire peur, toute cette vulgate en est venue à banaliser le procès de la laïcité. C'est d'autant plus efficace lorsqu'on oppose au modèle une laïcité «ouverte», «humaine», «plurielle». Il va sans dire que les candidats à ces réformes seraient bien en peine de nous expliquer de quoi il retourne et ce que signifient concrètement ces vagues formules. Ignorance des significations réelles de la laïcité ou militance antilaïque ? À coup sûr, les deux explications sont valides et jouent de pair. Comme dans cette manie détestable de traduire le concept en «isme», la valeur en scénario du pire, l'incompréhension du principe côtoie le désir d'en découdre et la nostalgie du tribalisme.

Confusionnisme, déconstructivisme à tout va et surenchère, voilà qui résume en trois mots la fronde, ou plutôt le front des antilaïques. La contestation est parfois directe, mais la plupart du temps sournoise. Lorsqu'elle n'est pas accusée de porter atteinte à la «liberté religieuse», la République laïque est interpellée sur le bien-fondé de son modèle d'intégration ou sa politique néocolonialiste à l'égard de ses «indigènes».

Mais voilà qu'à ceux qui rêvent d'une République fourre-tout, une coquille vide destinée à accueillir à bras ouverts ces «pestes communautaires» que sont les identités collectives lorsqu'elles investissent l'espace public, d'autres opposent ses valeurs comme un privilège civilisationnel hérité de la culture chrétienne. Curieux chassé-croisé que ce nouveau pacte imaginaire entre la laïcité et le catholicisme lorsqu'on se souvient que les anticléricaux croyaient dur comme fer que celle-ci ne pouvait se construire que contre celui-là.

L'État laïque n'est ni pour ni contre telle ou telle identité religieuse, il est tout simplement dans cet ailleurs qui est à la fois extérieur par indifférence - sauf en tant que garant de la liberté de l'exercice du culte, et non de la «liberté religieuse» -, et supérieur par la prévalence de sa loi. C'est cela qui garantit la paix civile dans une société pluraliste. C'est pourquoi toute ambiguïté, toute confusion sur les rôles respectifs de l'État et des religions, surtout lorsque celles-ci sont déplacées du cadre confessionnel tel qu'il est défini par la loi vers le terrain conflictuel des identités, ne peuvent être que dangereuses.

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Évidemment, la laïcité «à la française» est une exception. Serait-ce en soi une faute ? Dans le fond, à quelle autre laïcité pourrions-nous nous référer ? Peut-on être un peu, modérément, excessivement laïc ? Les deux sphères sont séparées ou ne le sont pas. La laïcité est d'abord une affaire d'État. Ensuite, elle est un contrat qui engage l'ensemble de la communauté. Elle n'est pas une alternative, une option, une opinion personnelle. Elle est un cadre de loi, la traduction institutionnelle d'un processus de sécularisation qui a touché l'ensemble des sociétés modernes.

Il n'y a pas de laïcité à la française car la laïcité est française. Il n'y a pas de honte à le reconnaître. Cela empêche-t-il qu'elle soit porteuse d'universalité ? Au contraire. Le propre d'un État laïque est d'être neutre, au-delà des religions comme différences. Sans distinction, sans discrimination ni favoritisme, sans relativisme. Et c'est parce qu'il se place dans cet «au-delà» qui transcende les particularismes religieux qu'il est fédérateur et le seul garant de l'unité fondée sur l'adhésion de tous les citoyens aux valeurs centrales.

Rappeler ce qu'est la laïcité, expliquer, clarifier, enseigner, mener une vraie campagne pédagogique, voilà ce qui manque cruellement. Pourquoi pas un ministère de la Laïcité ?

Leïla Babès
Le Figaro, 9 avril 2007


* Leïla Babès est professeur de sociologie des religions à l'université catholique de Lille, auteur du livre Le voile démystifié (Bayard, 2004).

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mercredi 14 mars 2007

identité française : réponse à Laurent Lévy (Michel Renard)

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à propos de l'identité française

réponse à Laurent Lévy sur Oumma.com

posté le 14 mars 2007


Bonjour,

Laurent Lévy a décidé de s’affirmer par la haine de soi. C’est son droit. Mais cela le conduit à des considérations d’une ridiculité intellectuelle consternante.

Ainsi, cette phrase : "L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis". Et alors... ? Quel mal à cela ?

La Déclaration des Droits de l’homme - dont on aura du mal à prétendre qu’elle n’est pas un élément de l’identité française - se définit par rapport à des ennemis qui sont la tyrannie, "l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme"... N’est-ce pas louable ?

L’historien britannique d’expression française, Theodore Zeldin, a écrit dans les années 1970 une Histoire des passions françaises. On y trouve ce développement à propos du "rôle novateur" de la France dans l’établissement de la démocratie :

- "Il est vrai que la France a été le premier pays à adopter le suffrage universel. Elle a secoué le monde entier avec sa Déclaration des droits de l’homme, son usage répété de la révolution pour renverser des gouvernements arbitraires ou impopulaires, son triple principe de liberté, d’égalité et de fraternité et les chances de carrière qu’elle a offert au talent. Aussi son histoire ne concerne-t-elle pas seulement ses propres enfants, elle est également inséparable de celle de la modernisation survenue à chaque coin du globe. Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle." (Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points-Seuil, 1981, p. 446 [conclusion])

On peut dire cela en dehors de tout "projet ethnique", sans penser que "la haine est la face cachée de la nation" comme l’écrit Laurent Lévy... D’autant que l’historien britannique complète son constat par celui des limites concrètes d’un tel rôle :

- "Il n’est cependant pas douteux que la société française telle qu’elle émergea de ces révolutions a progressivement cessé d’être un modèle. Des crises politiques répétées ont permis de penser que la démocratie, même en France, a échoué. La diversité d’opinions et d’intérêts semble avoir débouché sur l’immobilisme. Les privilèges sociaux n’ont pas été éliminés. Nombreuses sont les contradictions flagrantes entre les grands principes proclamés par les Français et la façon dont ils se sont comportés dans la pratique." (ibid.).

La lucidité historienne peut ainsi mêler des réflexions sur l’identité nationale (sans racisme nationaliste) et sur les limites des grands principes (sans haine de soi pathologique).

Ce à quoi était parvenu Fernand Braudel qui, écrivant au soir de sa vie L’identité de la France (1986) livrait son sentiment en prenant soin de de dire qu’il "n’interviendrait guère dans les pages de (son) ouvrage" :

- "Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion exigeante et compliquée que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j’accepte moins facilement".

Laurent Lévy dira-t-il que Braudel fut raciste, xénophobe et pétainiste... ?

Michel Renard


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- Histoire des passions françaises, Theodore Zeldin, rééd. Payot, 2003.

- Identité de la France, Fernand Braudel, (1986), éd. poche Champs-Flammarion, 1999.

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dimanche 28 janvier 2007

Hôpital : laïcité et intégrisme s'affrontent

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Hôpital : laïcité et intégrisme s'affrontent

Annick Cojean, Le Monde


L’invention a fait la «une» des médias de Grande-Bretagne le soir même de sa révélation. Une burqabh_thumb chirurgicale pour patientes pratiquantes. Bleu vif. Pleine de plis et replis. Et couvrant intégralement le corps, de la tête aux pieds, avec une simple petite fente au niveau des yeux. Un vrai rêve de taliban. La blouse, bizarrement appelée «interconfessionnelle», a immédiatement soulevé maints débats outre-Manche. Certains, dont le journal Islamic Times, ont réagi avec enthousiasme : «Ingénieux ! Le plus sûr moyen de ramener à l’hôpital des femmes musulmanes effarouchées par les usages et la nudité imposés dans les établissements de santé occidentaux.» D’autres, députés, médecins et éditorialistes, ont dénoncé avec affliction « la compromission occidentale » et ce nouveau gage au «politiquement correct».

À Rotterdam, c’est le projet de création d’un hôpital islamique - le premier en Europe - qui suscite la polémique. Nourriture halal, tours de garde d’imams, départements séparés pour hommes et femmes avec personnel médical du même sexe : toutes les recommandations de l’islam seraient strictement respectées, et l’homme d’affaires néerlandais qui a lancé le projet estime que la niche commerciale est considérable dans un pays comportant 1,7 million d’immigrés non occidentaux et 450 mosquées. Un signe d’ouverture très fort envers la communauté musulmane, se réjouissent certains. «Le choix de l’apartheid», commentent les autres.

medium_hopital_bichat_paris_18_cyril_bozonnet_fnEt c’est, semble-t-il, ainsi que réagissent beaucoup de médecins français à l’évocation d’un tel projet. «Une absurdité !, s’offusque le professeur Israël Nisand, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Strasbourg. Cela revient à ghettoïser une communauté pour mieux l’abandonner ! Je trouve cela incompatible avec l’idéal républicain. Même s’il arrive à certains collègues médecins de rêver d’être un jour débarrassés des problèmes posés par les patients musulmans

Des problèmes en nombre croissant. Religieux. Culturels. Ethiques. Et souvent traumatisants parce que devant être résolus dans l’urgence. Le serment d’Hippocrate en bandoulière. Mais avec un devoir de respect et une obligation de diplomatie devant ce que le patient présente comme «la loi de Dieu». Le malaise est patent dans de nombreux établissements hospitaliers français. Doublé d’un sentiment d’insatisfaction morale et intellectuelle dans le corps médical.

Il y a d’abord cette violence observée dans certains services de gynécologie obstétrique en région parisienne et dans plusieurs grandes villes. Des maris fondamentalistes refusent que leurs femmes soient examinées, soignées, accouchées par un homme. Ils l’exigent avec vigueur, quitte à mettre en danger leurs épouses et à s’en prendre physiquement au praticien en fonction.

Entree_hopitalUn incident violent s’est produit en septembre à la maternité de l’hôpital Robert-Debré, à Paris, où le professeur Jean-François Oury, appelé en urgence auprès d’une femme maghrébine sortant d’un accouchement difficile, s’est vu giflé par le mari au motif que l’islam interdisait à un autre homme de toucher sa femme. Condamné à six mois de prison ferme le 24 janvier au tribunal correctionnel de Paris, l’intéressé, un jeune père de 23 ans nommé Fouad Ben Moussa, expliqua qu’il était «stressé» et qu’il s’agissait plus, à ses yeux, «d’une question de pudeur que de religion». L’avocat du gynécologue frappé, Me Georges Holleaux, abonda dans ce sens : «La religion n’est qu’un mauvais prétexte à un comportement violent », expliqua-t-il, ajoutant que, à ses yeux, « tout amalgame serait extrêmement dangereux».

Il reste que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), qui regroupe la majorité des gynécologues français, a noté, depuis trois ou quatre ans, une multiplication d’incidents de nature à perturber l’organisation des maternités. À Lyon, un chef de clinique du service du professeur Raudrant a été un jour menacé par un homme d’origine africaine armé d’un couteau, furieux qu’il ait examiné son épouse.

Près de Grenoble, un mari présent en salle de travail s’est opposé au docteur André Benbassa, directeur médical de la maternité Belledonne, venu aider à l’accouchement de sa femme, qui nécessitait des forceps. À Roubaix, un mari a refusé que sa femme, dont le frottis révélait une anomalie, subisse une colposcopie (examen du col utérin), parce que le seul spécialiste, le docteur Yves Verhaegue, était un homme. D’autres problèmes ont été signalés à Tours, Nice, Montreuil, Créteil, Bondy, Mulhouse, Versailles.

À Strasbourg, le professeur Israël Nisand se dit inquiet de l’augmentation de la «violence verbale» et des cas «d’incivilité, voire de délinquance prenant le prétexte de la religion». L’agression dont a été victime une assistante sociale de son service a ébranlé le personnel (Le Monde du 28 février 2006) et incité la direction de l’hôpital à installer des caméras. Deux Maghrébins avaient surgi dans le bureau de l’employée, la giflant, lui tapant la tête contre une table en criant : «Ça vous apprendra à vous occuper de nos femmes !», et la laissant dans le coma, après lui avoir arraché son tee-shirt et écrit «Mohamed» sur son ventre.

Un mari turc à qui la secrétaire du professeur expliquait qu’on ne pouvait garantir que sa femme serait examinée par un médecin femme l’a menacée : «On vous aura !» Un autre, dont la femme avait un oeil au beurre noir et des traces de brûlures de cigarette sur les bras, s’est emporté contre le praticien : «Je préfère que ma femme meure plutôt qu’un homme la voie !»hegp_big

Récemment, raconte encore le professeur Nisand, «j’ai été appelé d’urgence pour délivrer un certificat de virginité à une gamine de 11 ans ! Je me suis récrié ! Mais que de menaces et de coups de pied dans les portes !» L’accumulation de ces incidents a incité le CNGOF, en octobre 2006, à publier un communiqué alarmiste et à proclamer son souci de «défendre les femmes contre l’intégrisme musulman».

«Les gynécologues-obstétriciens hommes devront-ils désormais être protégés par la police pour exercer leur métier ? (...) C’est inadmissible dans un pays laïque comme le nôtre, où l’hôpital, s’il permet la liberté de culte, n’a pas à plier son organisation aux pratiques religieuses quelles qu’elles soient. (...) Nous le disons fermement, nous continuerons à avoir des services où les médecins hommes ou femmes apporteront les soins aux patients quel que soit leur sexe. Nous défendrons la liberté des femmes à se déterminer sur la contraception, l’avortement, la stérilisation, sans l’avis de leur mari. (...) Il y a trente ans, les femmes musulmanes venaient dans nos hôpitaux sans l’appréhension d’être prises en charge par des médecins généralement hommes, et il n’y avait pas ces violences. Pourquoi cette régression ?»

Pour entraver le phénomène, Dominique de Villepin a demandé en avril 2006 au Haut Conseil à l’intégration un rapport et un projet de «charte de la laïcité dans les services publics» qui devait lui être remis incessamment. Nicolas Sarkozy avait demandé la même chose à André Rossinot, coprésident du Parti radical valdoisien avec Jean-Louis Borloo. Ce rapport a été remis au président de l’UMP le 20 septembre 2006, et recommandait, lui aussi, la rédaction d’une «charte». Consulté, le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a exprimé son refus d’une «talibanisation de l’islam de France».


titre_CNGOFPour Jacques Lansac, le président du CNGOF, «le problème s’était déjà posé avec l’avortement. Par trois fois dans le passé, j’ai porté plainte contre les intégristes catholiques qui venaient s’enchaîner et prier dans les blocs opératoires pour entraver les IVG. La loi m’y aidait, qui prévoyait des sanctions . Mais là, comment faire ? On se bat contre des traditions qui aboutissent à l’humiliation et à la chosification de la femme».

Quant au rôle de la femme elle-même dans ces situations, il est formel : «Ce n’est pas elle qui provoque les incidents. Elle est accommodante et ne souhaite qu’une chose : que l’arrivée du bébé se passe bien. Mais elle n’a pas voix au chapitre ! C’est l’homme qui refuse la césarienne... au point qu’il nous faut parfois appeler en urgence, dans la nuit, le procureur de la République ! C’est l’homme qui refuse la péridurale au motif que la douleur est normale ! C’est encore l’homme qui refuse une ligature des trompes demandée par une femme épuisée par de multiples grossesses et à laquelle il refuse d’autres méthodes de contraception !»

hdieu1Daniel Raudrant, lui, a fait apposer une affichette à la maternité de l’hôtel-Dieu de Lyon, qui accueille fréquemment des immigrés tchétchènes : «Madame, nous vous rappelons que le personnel soignant du service est mixte. (...) En cas de refus d’accepter les règles du service et d’être prise en charge éventuellement par un homme, nous ne pourrons vous dispenser les soins dont vous avez besoin.» Parfois, des maris furieux, accompagnés d’une femme voilée, arrachent l’affiche. Certains repartent après l’avoir lue. D’autres se rebellent.

Mais le professeur se montre intraitable : «Fini, les palabres à 3 heures du matin, les scandales parce qu’on ose demander à un homme de ne pas bloquer un couloir pendant sa prière ou la menace de coups contre une sage-femme qui a pris la défense d’une patiente violentée par son mari. Ce n’est pas au personnel hospitalier de gérer cela. Désormais, je n’hésite plus : j’appelle la police. Une ligne spéciale nous relie au commissariat. Le personnel est plus serein.»

Le docteur Georges-Fabrice Blum, à Mulhouse, pense aussi qu’il s’agit d’une question de rapport de forces. «Quand, en salle d’accouchement, un homme me dit : “Touche pas à ma femme”, je lui réponds : “Ta gueule ! Ici, c’est moi le chef ! Je respecterai ta femme, je ne la regarderai pas dans les yeux, et je ferai naître ton bébé dans la sécurité. Mais pas de négociation !” » Voilà. Ensuite, je laisse le papa faire la prière dans l’oreille de l’enfant après la section du cordon.»

Les césariennes exigent de longues discussions. «Le charisme et l’autorité du chef de service sont alorsembryo1 fondamentaux», dit le docteur Blum. Mais il faut expliquer les risques de mortalité pour la mère et l’enfant, certifier que cela n’entravera pas les naissances ultérieures, rassurer la femme africaine et parfois appeler un imam, un marabout ou des grands-parents. On apprend sur le tas. «Quand j’ai commencé, il y a dix-sept ans, se souvient Laurence Jalbert, sage-femme à Montreuil (Seine-Saint-Denis), nous avions un manque total d’informations sur les coutumes et religions des immigrés. Aujourd’hui, il y a certes un grand retour à la tradition, mais beaucoup moins d’incompréhensions culturelles.»

À la maternité de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, où se côtoient une quarantaine de nationalités, le professeur Jacques Milliez mise davantage sur l’accueil et la tolérance que sur le rapport de forces. «Il ne saurait être question, pour moi, de blesser quiconque au nom d’une uniformisation laïque. Tout a été mis en oeuvre pour éviter le moindre conflit lié à un particularisme religieux. Souci de la pudeur, de l’alimentation (casher, halal), observance du shabbat et du ramadan... Bien sûr dans la limite du bon fonctionnement du service.»

381Pas d’exception à la règle de la mixité des gardes, pas d’accouchement en burqa - «la vue du visage est fondamentale pour vérifier l’identité d’une personne, surveiller son teint et l’expression du regard» -, une seule personne en salle de travail... La cohabitation des cultures, dit-il, peut se faire aisément. Les problèmes liés à la religion sont ailleurs. Dans le choix d’interrompre ou non médicalement une grossesse à risque par exemple : «Faut-il s’engager dans un processus complexe de diagnostic prénatal, notamment l’examen permettant de déceler la trisomie 21, lorsqu’on sait qu’un couple, en raison de convictions religieuses profondes, ne s’engagera jamais dans la voie d’un avortement ? Voilà les vrais dilemmes.»

Le professeur Milliez en est parfaitement conscient : «Il y a une pression très forte pour que les enfants trop prématurés ou mal formés ne viennent pas au monde. Mais que veulent les parents ? Il est fondamental de les écouter et de respecter leur choix.»

Là sont sans doute les vraies questions. Philosophiques et éthiques. À partir de quand, la vie ? À quel prix, 3750008la vie ? À tout prix, la vie ? Les nouvelles techniques d’assistance médicale à la procréation ou la sélection du sexe de l’enfant à naître questionnent à la fois l’éthique laïque ou religieuse des médecins et patients, et ouvrent un champ de réflexion immense pour toute la société. Le colloque «Éthique, religion, droit et procréation», organisé chaque année, attire une foule de médecins.

Pour le reste, pense Isabelle Lévy, auteur de La Religion à l’hôpital (Presses de la renaissance), une bonne information sur les moeurs et croyances des patients ainsi que le rappel inflexible des principes de la laïcité et du droit français, qui sanctionne «la non-assistance à personne en danger», devrait assurer une cohabitation sereine au sein de l’hôpital. «Les trois religions monothéistes sont beaucoup plus pragmatiques que ne le pensent certains croyants tentés de faire du zèle. Elles donnent toujours priorité à la vie et admettent la transgression des interdits au cas où elle est en danger. Aux soignants de se montrer à la fois respectueux et stricts

Annick Cojean, dans Le Monde du 27 janvier 2007 (daté 28 janvier 2007)


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jeudi 11 janvier 2007

Plaidoyer pour l’égalité dans l’héritage, en Tunisie

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Plaidoyer pour l’égalité dans

l’héritage, en Tunisie


15 septembre 2006

Ce plaidoyer pour l’égalité dans l’héritage est le fruit d’un engagement collectif et pluriel mené en association par les militantes de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et de l’Association tunisienne des femmes pour la recherche sur le développement (AFTURD). Inscrit dans le prolongement de la campagne de sensibilisation lancée en 1999 sous forme de pétition nationale ainsi que de débats, rencontres et ateliers d’écriture qui en ont jalonné les étapes, il s’adresse à toutes et à tous, décideurs politiques et acteurs de la société civile avec la démonstration en 15 arguments que l’égalité dans l’héritage n’est ni de l’ordre de l’impensable, ni de l’ordre de l’impraticable dans notre pays.

Le changement social est majeur et s’inscrit dans l’histoire de la société tunisienne dans son rapport à la modernité. Loin d’être le fait exclusif des acteurs institutionnels et de l’Etat - dont il ne s’agit pas ici de sous-estimer l’action mobilisatrice -, ces changements sont aussi le fait de citoyens ordinaires qui, au quotidien, au sein de la famille, dans les lieux de travail, la cité, se posent en acteurs, refusant les contraintes, tissant de nouveaux rapports et inventant de nouvelles manières d’agir, de vivre le mariage, la maternité, les liens conjugaux, les responsabilités parentales, les charges familiales, les pratiques successorales.

Or si le changement social se mesure à l’ensemble de ces nouvelles réalités en rupture avec l’ancien (l’émergence de l’individu et de la famille conjugale, l’essor du travail féminin, la généralisation de l’enseignement, l’extension de la couverture sanitaire, les mouvements citoyens pour l’égalité et la démocratie), il reste aussi prisonnier de la force de l’ancien et des modèles qui perdurent et dont rendent compte les «objections» à l’égalité successorale entre les sexes.

1- Plaidoyer pour l’égalité dans l’héritage … Quelles objections ?

Les débats sur l’égalité dans l’héritage ont permis de prendre la mesure des attentes et des avancées réalisées dans la société mais aussi de dégager le poids des résistances. Ces résistances sont justifiées selon les personnes par :

1. La priorité accordée aux combats pour la consolidation des droits et des libertés publiques et la réticence à soulever une question «délicate». À quoi bon, se demande-t-on, revendiquer l’égalité successorale alors même qu’elle ne représente aucune urgence sociale et qu’elle ne concerne qu’une infime catégorie sociale? Ne faut-il pas plutôt oeuvrer à consolider les acquis et à inscrire dans la réalité les droits et libertés déjà conquis ?

2. L’attachement à l’islam, à ses institutions et à l’identité culturelle. À quoi bon, ajoute-t-on, exiger l’égalité dans l’héritage alors même qu’elle se heurte au donné divin et au texte sacré de l’Islam ? Quelle est l’urgence à exhumer une question qui risque de soulever les passions et de provoquer des crispations : crispations religieuses en raison de sa “racine charaïque” et de ses liens avec le texte sacré, crispations sociales en raison de son rôle structurant de la famille tunisienne, crispations politiques en raison de son inopportunité au regard des revendications identitaires ?

3. L’inopportunité sociale de la question. Pourquoi, insiste-ton, changer un système qui, en vigueur depuis des siècles, assure à sa manière une répartition «équitable» des biens et donne la preuve de son efficacité sociale? Pourquoi donc le changer et risquer de perturber un ordre établi et accepté?

 

2 - Plaidoyer pour l’égalité successorale … Pour en finir avec les privilèges !

Il s’agit aujourd’hui, cinquante ans après la promulgation du Code du statut personnel, de contribuer par le plaidoyer à lever «l’hypothèque» qui pèse encore sur la condition de millions de Tunisiennes
· Parce que le régime successoral applicable aux Tunisiennes est discriminatoire, fondé encore sur les privilèges masculin et religieux (la règle du double au profit des hommes de la lignée masculine) ;
· Parce qu’il est temps, cinquante ans après l’indépendance du pays, de réaliser enfin l’égalité juridique pleine et entière entre les sexes dans tous les domaines ;
· Parce que rien du point de vue éthique, sociologique, économique, politique, culturel et juridique n’excuse les discriminations à l’égard des femmes ;
· Parce que le développement économique et social atteint, plaide pour l’égalité des droits et des chances ;
· Parce que l’avenir de tous est dans la capacité du pays à développer le potentiel économique des femmes ;
· Parce que l’avenir commun des femmes et des hommes, d’une nation et d’un peuple est dans l’égalité et le juste partage.

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Réformons la loi successorale et

établissons l’égalité

entre les sexes dans l’héritage !

 

3 - Plaidoyer pour l’égalité dans l’héritage … Quels types d’arguments ?

    Appuyé sur l’observation, l’étude et l’argumentation, le plaidoyer poursuit l’objectif de :
· Revoir la question successorale à la lumière des changements économiques et des transformations sociales que la Tunisie a enregistrés depuis l’indépendance. Le but est d’identifier dans la société actuelle les éléments de rupture avec le modèle inégalitaire et de rendre compte des nouvelles dimensions économiques et sociales que revêt la question de l’inégalité successorale (I - Argumentaire socio-économique).
· Repenser la question successorale à la lumière des évolutions législatives et jurisprudentielles que la Tunisie a enregistrées au cours de ses cinquante ans d’intense production juridique (II- Argumentaire juridique).
· Approcher la question successorale dans ses dimensions culturelles et ses constructions symboliques et religieuses afin de lever le voile sur ses présupposés idéologiques et ses fonctions de légitimation de l’ordre patriarcal. A contrario, il s’agit de rendre compte des changements culturels, de l’adhésion des acteurs aux valeurs d’égalité et de leur capacité à mobiliser plusieurs registres pour atteindre en pratique l’égalité (III - Argumentaire culturel).


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La première femme gynécologue au milieu de ses collègues
du corps médical. Aujourd’hui (2005) elle a près de 80 ans -
source


 

Arguments complémentaires

déployés en 15 points tirés de l’analyse objective

et méthodique du terrain, ils plaident pour

la levée des inégalités successorales.

 

I - POUR L’ÉGALITÉ SUCCESSORALE : LES ARGUMENTS SOCIO-ÉCONOMIQUES

Puisées dans la réalité et le vécu des acteurs, ces données rendent compte de l’anachronisme du système de l’inégalité successorale au regard des avancées économiques et sociales du pays et des nouveaux rôles assumés par les femmes.

ARGUMENT 1 - MUTATIONS DE LA FAMILLE TUNISIENNE : DÉCALAGE ENTRE LA RÉALITÉ CONJUGALE ET LE MODÈLE LÉGAL SUCCESSORAL
Les études socio-économiques font état de l’ampleur du changement social en Tunisie. A la famille traditionnelle de type patriarcal -fondée sur le groupe avec sa hiérarchie des sexes et des âges- se substitue progressivement la famille conjugale (69% du total des familles). Cette transformation, dont les facteurs sont multiples, est en voie de produire de nouveaux types de comportements et d’induire de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes favorables à l’émergence de l’individu et à la reconnaissance de son autonomie. Le déphasage est de plus en plus en plus flagrant entre le système légal de transmission des biens par héritage, bâti sur le modèle traditionnel de la famille patriarcale et les structures actuelles de la famille moderne tunisienne, famille de type conjugal. En réalité l’argument s’il en faut, est de mettre le dispositif juridique en harmonie avec la nouvelle échelle de valeurs en usage dans une société où l’accès des femmes au travail, à l’éducation, à l’espace public, pulvérise les schèmes traditionnels de la domination patriarcale dont la discrimination successorale constitue un des fondements et un des mécanismes de reproduction.

 

ARGUMENT 2 - LA CONTRIBUTION ÉCONOMIQUE DES FEMMES
Actives, les femmes contribuent fortement à la prise en charge familiale. Elles en assument une part importante et participent par leur salaire ou leurs revenus au bien être et au confort familial. L’accès massif des femmes au travail et au salariat représente une nouvelle réalité. Il impose de nouvelles représentations et implique de nouveaux engagements dans le couple et la famille. «Les femmes gagnent un salaire, gèrent le budget, s’occupent du foyer et exercent un métier». Prenant part au bien-être matériel de la famille et de la collectivité, elles se posent désormais en productrices de biens et de sens.


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Pr. Habiba Bouhamed Chaabouni, Tunisie

Toutes les enquêtes montrent que le travail des femmes contribue à consolider leur autonomie financière, à instaurer des rapports de partenariat au sein du couple, à affermir l’indépendance économique de la famille et sa capacité à faire face aux aléas de la vie moderne, à valoriser le statut économique du couple qui gagne en confort matériel et en prestige social, à assurer une meilleure prise en charge des besoins de la famille en termes d’éducation des enfants, de soins et de culture. La contribution des femmes est aussi perceptible à leur participation à la constitution du patrimoine familial immobilier par l’acquisition du logement au moyen du crédit ou par apport propre, l’amélioration des conditions d’habitat et la charge de l’entretien du bâti. Il est juste dans ces conditions d’équilibrer le potentiel économique des femmes en abolissant la discrimination en matière successorale. A responsabilité égale, une part égale dans l’héritage des biens.

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Pr. Habiba Bouhamed Chaabouni, Tunisie

 

ARGUMENT 3 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST UN HANDICAP SOCIAL ET UN FACTEUR AGGRAVANT LA PRÉCARITÉ ÉCONOMIQUE ET LA VULNÉRABILITÉ SOCIALE DES FEMMES
Phénomène universel, la féminisation de la pauvreté ou la paupérisation des femmes rend compte non seulement de la conjonction de deux facteurs cumulatifs (d’une part, la pauvreté économique, d’autre part, les rapports inégaux de sexe), mais aussi de leurs effets multiplicateurs sur la condition socioéconomique des femmes. Toutes les études montrent que la précarité (prise dans un sens restrictif ou extensif) touche plus durement les femmes et menace les plus vulnérables d’entre elles de sombrer dans la pauvreté absolue. Ainsi, il y aurait dans le monde 3 milliards de personnes vivant dans la pauvreté, dont 70 % seraient des femmes. L’inégalité successorale constitue un handicap social et un facteur aggravant la précarité économique et la vulnérabilité sociale des femmes.
Ces travaux soulignent l’effet multiplicateur de la précarité économique en cas de violence. Celle-ci agit en renforçant l’impact de la violence sur les femmes. Lutter contre la pauvreté, c’est lutter contre les législations patrimoniales discriminatoires. Lutter contre la pauvreté, c’est aussi lutter contre les facteurs multiplicateurs de la violence à l’égard des femmes, dont les lois patrimoniales discriminatoires.

 

ARGUMENT 4 - LA FORCE DES MODÈLES ET LES BRÈCHES APPORTÉES AU SYSTÈME DE L’AGNATION DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE
Comme par le passé, mais non dans les mêmes proportions, la terre continue dans le présent d’appartenir aux hommes. Participant de la structure même de la famille patriarcale, de sa reproduction, de sa puissance, de sa diffusion et de ses stratégies matrimoniales, le patrimoine foncier s’est construit et continue de se construire sur le principe de l’agnation et de sa transmission aux mâles par les mâles. Toutefois les études montrent que lorsque les législations nationales s’y prêtent, les femmes sont capables de développer, à l’égal des hommes, l’esprit d’initiative et d’entreprise foncière. Ainsi en dépit des handicaps dans le domaine de la propriété foncière marquée par l’agnation de la terre, les femmes tunisiennes ont su développer un entreprenariat agricole. Ce potentiel attend d’être confirmé par une législation établissant l’égalité des droits et des chances dans le circuit de la gratuité patrimoniale.

 

ARGUMENT 5 - STRATÉGIES INDIVIDUELLES ET PRATIQUES INNOVANTES DE PARTAGE ÉGALITAIRE
Force est de constater que la réalité sociale est parfois en avance sur les législations nationales et les règles officielles. Adhérant aux valeurs d’égalité, les individus, femmes et hommes, mettent en place des stratégies compensatoires et usent des multiples ressorts que leur offre le système juridique. Les partages égalitaires et les pratiques innovantes constituent une réalité qui s’impose tous les jours davantage : donations à parts égales au profit des enfants, ventes et libéralités entre ascendants et descendants, testament au profit de l’épouse, des filles, des nièces, partage égal des biens du vivant des parents, liquidation de l’héritage à part égale entre les frères et les soeurs, entre les époux, etc. Il s’agit d’un phénomène dont le sens ne peut laisser indifférent le législateur moderne à qui revient la régulation juridique des rapports sociaux.

 

II - POUR L’ÉGALITÉ SUCCESSORALE : LES ARGUMENTS DE DROIT

Ces arguments tirés de la logique positive de l’ordre juridique tunisien et de ses principes fondamentaux invalident en droit les inégalités successorales.

ARGUMENT 6 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST CONTRAIRE AUX PRINCIPES CONSTITUTIONNELS D’ÉGALITÉ DES CITOYENS ET DE GARANTIE DES LIBERTÉS FONDAMENTALES
Deux principes sont élevés au rang supérieur de principes constitutionnels déterminant la validité en droit de tout l’édifice juridique : les principes des articles 5 et 6 de la constitution tunisienne du 1er juin 1959.
Article 5 : «La république tunisienne garantit les libertés fondamentales et les droits de l’homme dans leur acception universelle, globale, complémentaire et interdépendantes. La république tunisienne a pour fondements les principes de l’état de droit et du pluralisme et oeuvre pour la dignité de l’homme et le développement de sa personnalité (…). La république tunisienne garantit l’inviolabilité de la personne humaine et la liberté de conscience et protège le libre exercice des cultes sous réserve qu’il ne trouble pas l’ordre public».
Article 6 : «Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la loi».
Principes constitutionnels auxquels est attachée une valeur supérieure, ils s’imposent aux lois et invalident les discriminations successorales. Sur cette base il a été jugé dans les affaires d’héritage où il y a différence confessionnelle entre les époux que «la prohibition de toute discrimination sur des bases religieuses est un principe fondamental de l’ordre juridique tunisien» et que toute discrimination sur des bases religieuses contredit l’article 6 de la constitution tunisienne «en créant deux catégories de Tunisiens». [Tribunal de Tunis, 18 mai 2000. 2000/7602]

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Palais de Justice, Tunis

 

ARGUMENT 7 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST CONTRAIRE AUX STANDARDS UNIVERSELS RECONNUS DANS LES TRAITÉS DÛMENT RATIFIÉS PAR LA TUNISIE
L’État tunisien n’est pas resté indifférent au discours sur les droits universels de la personne humaine qui, au plan des relations internationales est aujourd’hui déterminant et qui, au plan interne, se fait entendre par la voie des associations pour la défense des droits de la personne et des libertés fondamentales, des syndicats, des partis, etc. Élevés au rang de "substrat minimum" auquel la communauté internationale dans son ensemble se sent tenue, les droits de la personne humaine proclamés dans les instruments internationaux conventionnels et autres ne peuvent se suffire à une existence purement internationale. Leur effectivité est toute entière suspendue à leur réception et à leur intégration dans les ordres juridiques internes des États. En droit tunisien, cette intégration est assurée au moyen de la ratification qui confère aux traités une autorité supérieure aux lois.

L’article 32 nouveau § 3 in fine de la constitution tunisienne consacre en termes clairs cette supériorité : «Les traités ratifiés par le président de la République et approuvés par la chambre des députés ont une autorité supérieure à celle des lois». Trois effets s’attachent à la supériorité des traités par rapport aux lois. En premier lieu, le traité modifie automatiquement dès son approbation et sa ratification les lois contraires antérieures, et ce, en vertu du principe selon lequel une règle est abrogée par une règle contraire d’une valeur juridique égale ou supérieure. En second lieu, il ne peut être porté atteinte au traité de quelque manière que ce soit par une loi postérieure : la loi nouvelle ne peut aller à l’encontre d’un traité sans violer la hiérarchie des normes et donc la constitution. En troisième lieu, les tribunaux judiciaires et administratifs sont tenus, en cas de contrariété entre les normes, d’écarter la norme législative contraire à la norme du traité.

Partant de ces principes, l’inégalité successorale est contraire aux traités suivants :
• Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Traité multilatéral. Adoption : A.G./ONU. 16 décembre 1966. Entrée en vigueur : le 3 janvier 1976. Ratifié sans réserve par La Tunisie : Loi n° 68-30 du 29.11.1968. JORT du 29 novembre - 13 décembre 1968. Publication : Décret n° 83-1098 du 21.11.1983, JORT du 6 Décembre 1983. p. 3143.
• La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Adoption : A.G./ONU.18 décembre 1979. Ratification : loi n° 85-68 du 12 juillet 1985, JORT, n° 54, 1985, p. 919. Réserves : art. 9 §2, art 16 § c,d,f,g,et h, et déclaration générale.
Les discriminations à l’égard des femmes en matière successorale sont contraires aux dispositions des articles 2 et 3 du Pacte ainsi qu’à l’article 1er de la convention de Copenhague «Aux fins de la présente convention, l’expression “discrimination à l’égard des femmes”, vise toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour objet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance, ou l’exercice par les femmes quel que soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politiques, économique, social, culturel, et civil ou dans tout autre domaine». Du point de vue du droit international, les réserves qui servent à exclure ou à modifier l’effet juridique de certaines dispositions du traité dans leur application à l’Etat qui les a exprimées ne sont possibles qu’à la condition, entre autre, que «la réserve ne soit pas incompatible avec l’objet et le but du traité». (Article 19 de la convention internationale sur le droit des traités (ratifiée par la Tunisie le 23 juin 1971). Pour sa part, la convention de Copenhague sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes prévoit en son article 28 «Aucune réserve incompatible avec l’objet et le but de la présente convention ne sera autorisée».

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Chambre des députés, Tunis

ARGUMENT 8 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST CONTRAIRE À L’ESPRIT LIBÉRAL DU LÉGISLATEUR TUNISIEN
Dans un système de droit positif, comme le système tunisien, l’interprétation des textes ne peut se faire sans tenir compte de la cohérence générale des lois et de l’esprit du législateur qui les a insufflées. Comment continuer à admettre l’inégalité successorale dans le pays du CSP marqué dès sa promulgation le 13 août 1956 par son esprit d’innovation (l’interdiction de la polygamie, l’abolition du droit de “jebr” (droit de contrainte), la suppression du tuteur matrimonial, l’instauration du divorce judiciaire, l’abrogation de la répudiation) et par l’esprit de justice des lois qui l’ont complété et amélioré : l’adoption plénière, l’abolition du devoir d’obéissance, la réciprocité dans le traitement bienveillant entre époux, la tutelle des mères gardiennes de leurs enfants mineurs en cas de divorce, la communauté des biens limité aux acquêts, l’action en recherche de paternité ?

 

ARGUMENT 9 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST CONTRAIRE AUX RÉCENTES ÉVOLUTIONS JURISPRUDENTIELLES
L’examen de la jurisprudence des tribunaux permet de relever que face à un traditionnel courant conservateur, une nouvelle tendance se fait jour, mettant au fondement du droit les principes d’égalité des citoyens, de non-discrimination et de liberté. La jurisprudence des tribunaux est de plus en plus favorable à l’application des principes d’égalité et de non discrimination. L’évolution vient de se confirmer avec l’inédite décision de la cour de cassation en date du 22 décembre 2004 (Cour. Cass. n° 3843/2004) qui apporte confirmation à l’arrêt du 14 juin 2002 de la cour d’appel de Tunis (C.A, Tunis, n° 82861) et à celui du 18 mai 2000 du Tribunal de première instance de Tunis (TPI, n° 7602/ 2000).

Plusieurs dispositions du droit positif ont été mises à profit et ont développé leur potentiel émancipateur : celles d’abord du statut personnel dans les rapports de droit international privé pour écarter la polygamie, rejeter la répudiation, imposer le libre et plein consentement, valider le mariage de la musulmane avec un non musulman ; les dispositions tirées de la constitution par référence à l’article 5 sur la liberté de conscience et le libre exercice des cultes pour faire échec à la «disparité de culte» comme cause d’empêchement à succession, et à l’article 6 sur l’égalité en droits et en devoirs des citoyens et devant la loi pour faire échec à la répudiation. Il n’est pas jusqu’aux conventions internationales, supérieures aux lois après ratification, qui ne soient invoquées pour faire barrage aux interprétations discriminatoires : en particulier la convention de New York sur l’âge au mariage et l’enregistrement du mariage, la convention de Copenhague sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, les deux pactes internationaux sur les droits civils et politiques, économiques et sociaux, voire même la Déclaration universelle des droits de l’homme dénuée pourtant de valeur juridique.

 

ARGUMENT 10 - L’INÉGALITÉ SUCCESSORALE EST PERTURBATRICE DES RELATIONS SOCIALES ET FAMILIALES
Le propre de la règle de droit est d’assurer l’équilibre des relations sociales. Pousser les individus à adopter, par défaut législatif, des stratégies de contournement est préjudiciable non seulement à la cohérence de l’ordre juridique tunisien dans son ensemble mais aussi à l’équilibre des rapports sociaux. Par son double registre à la fois laïc et religieux, traditionnel et moderne le C.S.P. installe une schizophrénie juridique génératrice de troubles d'identification et ouvre la voie aux interprétations et aux applications les plus fantaisistes. Il installe un antagonisme dans les valeurs du droit et cesse par effet d’annulation de jouer son rôle régulateur des rapports sociaux. A quand des rapports apaisés par la loi ?

 

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mosquée près de Metameur

III - POUR L’ÉGALITÉ SUCCESSORALE : LES ARGUMENTS CULTURELS

Dans les sociétés musulmanes la question successorale relève, dit-on, du dogme. La règle que «à même degré de parenté les hommes ont deux fois plus que les femmes» apparaît comme un donné immuable. Or, l’observation montre qu’en pratique les sociétés musulmanes ont, sur cette question, inventé des stratégies «d’évitement» de la loi charaïque et que, comme sur d’autres aspects, les sociétés islamiques ont vécu en «armistice» avec le modèle légal. Plusieurs éléments en témoignent dont les suivants :

 

ARGUMENT 11 - L’HISTOIRE DE LA TRANSMISSION DES BIENS EN PAYS D’ISLAM OU AUX ORIGINES DU SYSTÈME SUCCESSORAL
L’histoire de la constitution des biens en pays d’islam et leur transmission par héritage mérite d’être rappelée. Les travaux d’anthropologie historique montrent que le régime successoral trouve son principe de cohérence dans l’ancien ordre tribal de l’Arabie préislamique et dans la structure de la société patriarcale et guerrière d’alors. Il est attesté que l’exclusion des femmes de l’héritage durant la période préislamique n’est pas fondée sur des considérations de genre mais bien sur des considérations tenant à l’organisation tribale de la société arabique. Le patrimoine était commandé par le degré de participation aux combats. Il constituait une source principale de revenus et un moyen de défense de la tribu. C’est pourquoi les femmes n’étaient pas les seules exclues du système. En étaient aussi privés les enfants et «tous ceux qui n’avaient pas de monture, ne portaient pas le sabre, ne triomphaient pas d’un ennemi». Cet état n’est pas propre à la société arabe préislamique. Il prévalait dans presque toutes les sociétés dont l’économie était fondée sur le butin de guerre et dans lesquelles les biens étaient remis entre les mains des hommes. Le deuxième facteur tient à la règle de prise en charge (qawama). Puisqu’il il revenait à l’homme de subvenir aux besoins des membres de la famille, c’est à lui que revenait en exclusivité la possession des biens. Plus rien ne justifie dans le monde moderne le maintien d’un tel régime discriminatoire et archaïque

 

ARGUMENT 12 - LES PROCÉDÉS TRADITIONNELS DÉROGATOIRES VISANT L’EXCLUSION DES FEMMES
L’existence, de tout temps, de pratiques dérogatoires à l’obligation religieuse d’attribuer aux femmes leurs parts de l’héritage est attestée par de nombreux travaux d’histoire. Le “habous” a constitué un moyen «autorisé» d’éviction des femmes de la propriété foncière. Les actes des “habous”, au moyen desquels le fondateur du bien, par contournement des règles charaïques sur l’héritage des femmes, attribuait l’exclusivité de leur jouissance et possession à ses ayants-droit parmi sa descendance mâle, était une pratique courante qui avait triomphé des interdits du droit savant. Ni leur annulation par Ûmar Ibn Abdel Aziz, ni les conditions draconiennes posées par les docteurs malékites (la privation du testateur de son bien dès l’établissement de l’acte, la prise de possession immédiate par le bénéficiaire), n’en ont empêché l’usage général. Jouant des multiples ressorts qu’offraient les divergences doctrinales (al ikhtilaf al fiqhi) et les mettant à leur profit, les légataires choisissaient de se placer sur «la voie de Abu Youssef le compagnon de l’Imam Abu Hanifa», sacrifiant ainsi le rigorisme aux ruses et les femmes à l’ordre de la famille patriarcale. La loi charaïque n’a pas constitué un obstacle à la spoliation des femmes!

 

ARGUMENT 13 - LES CONSTRUCTIONS HISTORIQUES DU SYSTÈME SUCCESSORAL EN TUNISIE ET L’EXCLUSION DES FEMMES
Les «hiyal», les subterfuges légaux, ont existé aussi en Tunisie. Ils ont constitué des modes dérogatoires participant à l’exclusion des femmes. Les études montrent que le système des “habous” a constitué - sauf à de rares exceptions- le plus grand moyen d’éviction des femmes de la propriété foncière. Admises et pratiquées par les malékites, réputés pourtant rigoristes, par emprunt aux doctrines hanéfites, ces stratégies de contournement n’ont pas semble-t-il choqué la conscience musulmane. Cette pratique a été abolie en Tunisie par l’effet des lois de 1957-1958. En quoi l’égalité est-elle sacrilège ?

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ARGUMENT 14 - RÉFORMISME MUSULMAN, PREMIÈRES REMISES EN CAUSE PAR TAHAR AL HADDAD ET CRISPATIONS CULTURELLES AU SUJET DES FEMMES
C’est à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle que s’amorce dans les pays musulmans le lent et difficile processus de modernisation de l’État et de son droit. Le réformisme tunisien qui se présente déjà comme un nationalisme s’alimente de cet apport. Or, dans le cadre de la pensée réformiste la question de la «Musulmane», tout en faisant l’objet d’un traitement nouveau, finit par prendre et pour longtemps des contours culturalistes et identitaires. Dans la perspective réformiste et son néo-classicisme théologique, «l’émancipation» des femmes se réduit au thème de l’instruction des jeunes filles musulmanes avec cette triple limite qu’il s’agit de l’apprentissage de la langue arabe, axé sur la morale et l’histoire de l’islam et préparant les jeunes filles, à travers des travaux manuels de type domestique, au rôle traditionnel qui leur est assigné au sein de la famille musulmane. Sous la poussée des nouvelles réalités socio-politiques du pays (domination coloniale), ce réformisme a subi de nouvelles mutations et s’est transformé soit en conservatisme, fournissant à l’islam officiel des Etats sa doctrine et ses instruments d’hégémonie politique et culturelle, soit en son opposé, l’islam contestataire et radical des Frères Musulmans. Dans l’ordre de la pensée réformiste, c’est seulement sous la plume de Tahar al Haddad, que la question de l’émancipation des femmes, a pris en 1930, une dimension novatrice.
Comment admettre qu’on en soit encore là à se poser toujours les mêmes questions au sujet de l’égalité en droit et en dignité ? Ne faut-il pas mettre fin aux atermoiements ?

 

ARGUMENT 15 - EXCLUSION DES FEMMES DE L’HÉRITAGE ET PRATIQUES INÉGALITAIRES
Les pratiques inégalitaires et l’exhérédation des femmes du patrimoine sont toujours de mise dans notre pays. Les enquêtes sociologiques révèlent leur persistance sous différentes formes et modalités. Le partage inégalitaire prend soit la forme du favoritisme familial à caractère parental soit celle de la main - mise à l’intérieur de la famille (hawz). Ces «escroqueries» subies en silence et visant en particulier les femmes, constituent, selon les enquêtes, les cas les plus fréquents : détournement de l’objet de la procuration générale à l’insu de la personne qui l’a signée, main mise du tuteur ou du curateur sur le bien en héritage, falsification des actes notariés, certificats de décès ne comportant pas le nom de tous les héritiers (en particulier les épouses non musulmanes), libéralités consenties par forcing (en cas de maladie ou de faiblesse liée au grand âge), prise de possession des biens appartenant aux héritiers vivant à l’étranger, refus de partage. Ces pratiques montrent que la question successorale participe de réflexes autres que religieux.

 

► Compte tenu de ce qui précède, il est temps de :

 

1 - Abolir les privilèges,

2 - Modifier la loi sur l’héritage,

3 - Établir l’égalité successorale entre les sexes

source : Kalima Tunisie (15 septembre 2006)





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lundi 8 janvier 2007

Antisémitisme de Hassan Iquioussen (2004)

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Antisémitisme de Hassan Iquioussen


Dans sa conférence «La Palestine, histoire d'une injustice», le prédicateur compare le Hamas à Jean Moulin

«Les Juifs ne cesseront de comploter contre l'islam»
C. G.
Le Figaro - 28 octobre 2004

HI_12Sous le titre La Palestine, histoire d'une injustice, une conférence en français du prédicateur Hassan Iquioussen, enregistrée il y a dix-huit mois, est une véritable charge antisémite. Vendue dans des librairies musulmanes et via Internet sous forme de cassette, cette causerie dresse un portrait haineux et nauséabond des Juifs : «ingrats», «avares», des gens qui vivent «entre eux, dans des ghettos car ils ne veulent pas se mélanger aux autres qu'ils considèrent comme des esclaves». S'ensuit une litanie d'accusations, liées à des épisodes du Coran : les Juifs «ont toujours méprisé les êtres humains» et «n'ont aucun scrupule à tuer des prophètes». Le prédicateur raconte notamment comment une juive a tenté d'empoisonner le prophète pour vérifier s'il était vraiment l'envoyé de Dieu. Mahomet survécut et pourtant, «elle ne s'est pas convertie. Voyez l'entêtement». Les Juifs «ne respectent rien», poursuit-il. Ils sont «le top de la trahison et de la félonie». Depuis ce temps, «les Juifs ne cesseront de comploter contre l'islam et les musulmans».

Les caractéristiques des Juifs expliqueraient, selon lui, l'actuelle situation de la Palestine. Félons, les sionistes auraient ainsi poussé «Hitler à faire du mal aux Juifs allemands pour les forcer à partir», affirme le conférencier. Car, «le but des Juifs c'est de faire Eretz Israël, du Nil à l'Euphrate, du sud de la Turquie jusqu'à Médine. Ils ont sorti des pièces de monnaie, des cartes du grand Israël, c'est connu, ça», insiste-t-il devant un public que l'on devine étudiant et qui ne proteste pas. Les Arabes ayant tenté de faire la paix avec Israël sont qualifiés de «traîtres». Le président égyptien Anouar el-Sadate est dénigré comme un «agent américain». Yasser Arafat et ses hommes sont présentés comme des dépravés, le chef de l'OLP discutant en secret depuis des années avec l'État hébreu. Seuls les vrais musulmans, les «martyrs», «moudjahidins» défendent, à l'entendre, les Palestiniens. Ces croyants ont créé le Hamas, qui signifie, selon Iquioussen, «ferveur, entrain, la pêche. Ces sont des gens qui vont jusqu'au bout. La branche armée travaille très bien. Elle fait du bon boulot».

Pour légitimer les attentats commis par cette organisation, le prédicateur la compare à Jean Moulin : «Un héros qui a tué des Allemands pour libérer son pays. C'est ce que font les Palestiniens. Ahmed Yacine, c'est Jean Moulin.» Et de conclure : «Israël est un État qui n'a pas lieu d'être

Interrogé, Yamin Makri, le directeur des éditions Tawhid qui diffuse la cassette, se désole : «Un auditeur nous a alertés. Exceptionnellement, nous n'avions pas vérifié le contenu de la cassette.» Ce responsable proche de Tariq Ramadan et du Collectif des musulmans de France affirme avoir donné des ordres, il y a huit mois, pour que cette cassette soit retirée de la vente. Elle est pourtant en vente.

Joint au téléphone, Hassan Iquioussen semble en revanche assumer : «Je décris des épisodes relatés dans le Coran. Vous ne voulez pas abroger le Coran ?» Il propose cependant d'en débattre en public. «Qu'on me prouve que j'ai tort et je changerai d'avis !»

 

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forums de discussion...

orthographe et syntaxe non corrigées


Forum Le Monde - 31 octobre 2004

Re: Le vrai visage de l'UOIF
[re: Giona ] Combat Répondre à à cette contribution Envoyer cette contribution par mail
31/10/2004 00:34

Le Centre Simon Wiesenthal (CSW) a remis à Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur, un rapport ''Le vrai visage de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) : Antisémitisme, apologie et financement du terrorisme et appel au Djihad''.
Il lui a demandé de ''mener une enquête qui devrait conduire au démantèlement - ainsi qu'au lancement d'une procédure de condamnation - de l'actuel groupe dirigeant de cette organisation et leur remplacement par les voix plus modérées de l'Islam français


Bonne nouvelle
[re: Giona ] Giona Répondre à à cette contribution Envoyer cette contribution par mail
29/10/2004 13:16

L'immam n'est pas français, mais marocain, et donc expulsable.

Dans un premier temps, les autorités françaises ont pensé que le jeune homme, très apprécié des jeunes musulmans, qui est né en France, était français, ce qui le rendait inexpulsable. Il s'avère en fait qu'il est marocain et a refusé la nationalité française. Dès lors, il risque l'expulsion. Mais Hassan Iquioussen aurait tenu les propos controversés il y a deux ans, et les faits seraient donc prescrits. Le ministère de Justice s'est néanmoins saisi de l'affaire à la demande du ministre de l'Intérieur.

La cassette de la conférence incriminée était commercialisée par les éditions Tawhid, proches de l'intellectuel Tariq Ramadan. Hier, elle avait disparu du catalogue de l'éditeur.



29/10/2004, 22h43
Le Sultan
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Re : hassan IQUESSAN s'explique ce soir LILLE devant FR3 et les musulmans

Salem alaikoum,

le probleme c'est que notre frère a reconnus ses "erreurs" et n'a pas du tout nier les accusations du Figaro...

AFP - Lille. Hassan Iquioussen, prêcheur de l'UOIF dont le ministre de l'Intérieur a condamné les propos, a déclaré : "je reconnais avoir tenu des propos déplacés, je reconnais mes torts. Je condamne mes propos déplacés . L'antisémitisme est une horreur".
"Je fais une centaine d'interventions par an. Ça m'arrive de déborder, je n'ai pas de scrupules ni de honte à reconnaître mes erreurs", a-t-il ajouté

Sachez que depuis cette dêpeche, qui est arrivé en début d'après midi, les sionistes ne le lâchent plus

Donc à present plus la peine de dire que ses phrases cités par la journaliste ont été pris de leur contexte puisque lui même avoue sa faute aux medias.
Maintenant que Hassan a reconnus les faits, le ministre de l'interieur va pouvoir entamer une procedure judiciaire qui va aboutir sans probleme:

AFP - Paris. Le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a condamné jeudi soir "les propos inacceptables" attribués à Hassan Iquioussen, un prédicateur de l'UOIF. Il rappelle sa détermination à ce que tous les moyens légaux permettant de réprimer de tels propos puissent être mis en oeuvre", indique un communiqué, ajoutant que le dossier a été transmis au garde des Sceaux "afin qu'il examine les suites possibles".

Selon Libé, il risque l'expulsion

Dernière modification par Le Sultan le 29/10/2004 à 22

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Islamisme

Iquioussen ou la culture de la haine antijuive

journal L'Humanité

Ce dirigeant de l’Union des organisations islamiques de France diffuse un discours mensonger et haineux, émaillé de grossièretés historiques. Hassan Iquioussen est un personnage inconnu des médias et du "grand public". Il est pourtant fort connu de milliers, de plusieurs dizaines de milliers de jeunes, d’hommes et de femmes. Ses conférences données à travers l’Hexagone rassemblent un public nombreux et attentif. Elles se diffusent en cassettes audio à des milliers d’exemplaires.
À moins de se rendre à l’une de ses multiples causeries, il est très difficile de découvrir son visage. L’homme est né, il y a environ trente-cinq ans, dans le Nord-Pas-de-Calais, d’un père mineur. À l’adolescence, à la recherche de son identité, il découvre l’islam, ou du moins un islam. Il en devient militant. Après un troisième cycle universitaire en histoire, il se consacre à plein temps, avec l’UOIF, à son action auprès des jeunes issus de l’immigration. Il est souvent présenté comme un "prédicateur". Le mot peut prêter à confusion. Hassan Iquioussen ne prêche pas une vérité religieuse à la manière des évangélistes américains. Il témoigne de la foi en "éclairant", à la lumière du Coran et des hadith (les commentaires attribués à Mahomet), les préoccupations suscitées par les problèmes du quotidien : les rapports parents-enfants, la fondation et la vie du couple, la vie en bon voisinage... Dans son discours, nulle érudition. Iquioussen est le double populiste de Ramadan. Le langage est plus direct, se veut "jeune", un "français des banlieues". Le propos révèle une attention soutenue à la sensibilité de l’auditoire, à ses réactions.

Avec quelques lapalissades, pas mal de simplismes, un modernisme de bon aloi qui chemine toujours vers le respect de la tradition. Hassan Iquioussen est devenu la référence de milliers de jeunes musulmans français. Dans son abondante production, qui figure à côté de celle de Tariq Ramadan au catalogue de la maison d’éditions Tawhid et qui est diffusée dans toutes les librairies islamistes, deux cassettes diffèrent de l’ordinaire : la Palestine, histoire d’une injustice et Irak, guerre et médias.

Pour "éclairer" le drame du Moyen-Orient, Iquioussen remonte à la Bible : "Il y a eu beaucoup de prophètes chez les enfants d’Israël car ils oublient souvent. Ce sont des ingrats, un peuple qui a besoin d’être rappelé à l’ordre vingt-quatre heures sur vingt-quatre." Tout y passe : Abraham, Moïse et David qui "étaient des musulmans " (des siècles et des siècles avant la révélation du Coran à Mahomet !), Nabuchodonosor et les Romains avec lesquels le conflit éclate parce que "la théorie des juifs dit qu’ils sont le Peuple élu et que Dieu a créé les êtres humains pour les servir, comme des moutons, des esclaves". Puis vient Mahomet. À Médine, une juive tente de l’empoisonner. Dieu le protège, le sauve. N’est-ce pas la preuve recherchée qu’il est bien le prophète ? Iquioussen : "La femme s’est- elle convertie ? Non. Voyez l’entêtement. Retenez ça parce que vous allez comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Les juifs n’ont cessé, depuis ce temps, de comploter contre l’islam et les musulmans."

Au fil de la causerie viendront ainsi "le premier schisme dû à un juif yéménite converti pour détruire l’islam de l’intérieur", puis, beaucoup plus tard, "en Turquie, la révolution des Jeunes Turcs conduits par Mustapha Kemal, un juif converti hypocritement à l’islam 'toujours' pour détruire l’islam et les musulmans de l’intérieur". Et encore, Nasser, pas un juif mais "le traître des traîtres, l’ennemi de la Palestine et de la cause arabe, un suppôt de l’Occident". Arafat est, lui aussi, voué aux gémonies.

Au fil de l’histoire, les poncifs sur les "juifs avares et usuriers" défilent. Arrive le sommet : "Les textes aujourd’hui le prouvent. Les sionistes ont été de connivence avec Hitler. Il fallait pousser les juifs d’Allemagne, de France... à quitter l’Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal." C’est avec la même rigueur que sont débusqués les fondements de "la complicité" et du "colonialisme" des Américains et des Anglais : "Ce sont des protestants et, dans la religion protestante, il y a la conviction que lorsque tous les juifs seront à nouveau en Palestine alors le messie reviendra."

les vrais musulmans, au premier desquels, Hassan al-Bannâ

Face à l’universel complot, "le seul obstacle se sont les vrais musulmans". Au premier rang desquels Hassan Al Banna, le fondateur des Frères musulmans (eux-mêmes longuement glorifiés) et aïeul de Tariq Ramadam. Tout de suite après apparaît Faysal d’Arabie, partisan du wahhabisme, hérésie intransigeante et rigoriste qui sévit en Arabie saoudite. Dans la foulée, Iquioussen célèbre "le Hamas qui, avec sa branche armée, fait du bon boulot". Tout au long des quarante-cinq minutes de cet exposé, comme au cours de celui, plus court, consacré à l’Irak et où les mêmes "thèses" reviennent, l’auditoire est invité à s’identifier à la cause palestinienne ainsi présentée. L’exposé sur l’Irak se conclut par un appel aux journées organisées par l’UOIF au Bourget en mai 2003, celles-là mêmes où Nicolas Sarkozy a crû bon de se rendre. Une question. Le contenu de ces cassettes, diffusées de façon massive et au grand jour, ne peut être ignoré des pouvoirs publics, du gouvernement. À quoi tient le silence de plomb sur le racisme, "l’antisémitisme des banlieues" et la culture de la haine que répandent Iquioussen et sa maison d’éditions et que couvre, pour le moins, l’UOIF ?

Marc Blachère

Article paru dans L'Humanité, édition du 17 janvier 2004.



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dimanche 7 janvier 2007

"Nous combattons les Juifs au nom de l'islam" Youssef al-Qaradhawî

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Youssef Al-Qaradawi


 

Youssef Al-Qaradawi :

"Nous combattons les juifs au nom

de l'islam"


Voici des extraits d'un discours télévisé du cheikh Youssef Al-Qaradawi, diffusé sur Qatar TV le 25 février 2006. Le cheikh Al-Qaradhawi dirige le Conseil européen pour la fatwa et la recherche (auquel se réfère l'UOIF) et est en outre président de l'Association internationale des savants musulmans. Il est le guide spirituel de plusieurs autres organisations islamistes à travers le monde, y compris des Frères musulmans.

Visionner les extraits vidéos sur
http://www.memritv.org/clip/en/1052.htm


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à New York

Youssef Al-Qaradhawi : "Nous nous battons contre les Juifs pour la terre, mes frères. Nous devons bien comprendre cela. S'ils n'avaient pas usurpé notre terre, il n'y aurait pas de guerre entre nous. (…) Nous les combattons au nom de l'islam, parce que l'islam nous ordonne de combattre tous ceux qui usurpent et occupent notre terre. Toutes les écoles de jurisprudence islamique – sunnite, chiite et l'école d'Ibadhiya – ainsi que toutes les anciennes et nouvelles écoles de jurisprudence – sont d'accord pour dire que tout envahisseur qui occupe ne serait-ce qu'un pouce de territoire musulman, devra affronter la résistance. Les musulmans de ce pays doivent rejoindre la résistance, et le reste des musulmans à travers le monde doit leur venir en aide. Si la population de ce pays est incapable d'agir ou rechigne à le faire, nous devons nous battre pour défendre la terre des musulmans – quand bien même les musulmans qui se trouvent sur place baisseraient les bras.

On ne doit laisser personne ôter à l'islam la moindre parcelle de terre. C'est la raison pour laquelle nous combattons les Juifs. Nous nous battons contre eux (…) Notre religion nous ordonne (…) Nous nous battons au nom de la religion, au nom de l'islam, qui fait du djihad un devoir individuel auquel participe toute la nation, et quiconque périt au cours de ce djihad est un martyr. Voilà pourquoi j'ai décrété que les opérations martyre sont autorisées, parce que le martyre est mené pour Allah et que le martyr sacrifie son âme pour Allah.

Nous ne dissocions pas l'islam de la guerre. C'est le fait de dissocier l'islam de la guerre qui est responsable de notre défaite. Nous nous battons au nom de l'islam. (…) Ils nous combattent avec le judaïsme ; nous devons donc les combattre avec l'islam. Ils se battent contre nous avec la Torah ; nous devons les battre avec le Coran. S'ils nous disent 'le Temple', nous devons leur répondre 'la MosquéeAl-Aqsa'. S'ils nous disent 'nous glorifions le sabbat', nous devons leur répondre 'Nous glorifions le vendredi'. C'est ainsi que les choses doivent être.

La religion doit mener la guerre. C'est la seule façon de gagner. (…) Tout sera de notre côté et contre les Juifs au Jour du Jugement. Même les pierres et les arbres parleront, avec ou sans paroles, pour dire : 'Ô serviteur d'Allah, ô musulman, un Juif se cache derrière moi, viens le tuer.' Ils désigneront les Juifs. Il est écrit 'serviteur d'Allah', pas 'serviteur des désirs', 'serviteur des femmes', 'serviteur de la bouteille', 'serviteur du marxisme' ou 'serviteur du libéralisme' (…) Il est écrit 'serviteur d'Allah'.

Quand les musulmans, les Arabes ou les Palestiniens entrent en guerre, ils le font pour adorer Allah. Ils font la guerre en tant que musulmans. Le hadith dit : 'Ô musulman'. Il ne dit pas 'ô Palestinien, Jordanien, Syrien ou nationaliste arabe.' Non, il dit : 'Ô musulman'. Quand nous entrerons en guerre sous la bannière de l'islam et sous la bannière du service d'Allah, nous serons victorieux."

Qaradawi

______________________________________


The Middle East Media Research Institute
2/25/2006 Clip No. 1052
Sheik Yousef Al-Qaradhawi : Our War with the Jews Is in the Name of Islam

Following are excerpts from a program with Sheik Yousef Al-Qaradhawi, aired on Qatar TV on February 25, 2006.

Yousef Al-Qaradhawi: Our war with the Jews is over land, brothers. We must understand this. If they had not plundered our land, there wouldn't be a war between us.

[...]

We are fighting them in the name of Islam, because Islam commands us to fight whoever plunders our land, and occupies our country. All the school of Islamic jurisprudence - the Sunni, the Shiite, the Ibadhiya - and all the ancient and modern schools of jurisprudence - agree that any invader, who occupies even an inch of land of the Muslims, must face resistance. The Muslims of that country must carry out the resistance, and the rest of the Muslims must help them. If the people of that country are incapable or reluctant, we must fight to defend the land of Islam, even if the local [Muslims] give it up.

They must not allow anyone to take a single piece of land away from Islam. That is what we are fighting the Jews for. We are fighting them... Our religion commands us... We are fighting in the name of religion, in the name of Islam, which makes this Jihad an individual duty, in which the entire nation takes part, and whoever is killed in this [Jihad] is a martyr. This is why I ruled that martyrdom operations are permitted, because he commits martyrdom for the sake of Allah, and sacrifices his soul for the sake of Allah.

We do not disassociate Islam from the war. On the contrary, disassociating Islam from the war is the reason for our defeat. We are fighting in the name of Islam.

[...]

They fight us with Judaism, so we should fight them with Islam. They fight us with the Torah, so we should fight them with the Koran. If they say "the Temple," we should say "the Al-Aqsa Mosque." If they say: "We glorify the Sabbath," we should say: "We glorify the Friday." This is how it should be. Religion must lead the war. This is the only way we can win.

[...]

Everything will be on our side and against Jews on [Judgment Day], at that time, even the stones and the trees will speak, with or without words, and say: "Oh servant of Allah, oh Muslim, there's a Jew behind me, come and kill him." They will point to the Jews. It says "servant of Allah," not "servant of desires," "servant of women," "servant of the bottle," "servant of Marxism," or "servant of liberalism"... It said servant of Allah."

When the Muslims, the Arabs, and the Palestinians enter a war, they do it to worship Allah. They enter it as Muslims. The hadith says: "Oh Muslim." It says "oh Muslim," not "oh Palestinian, Jordanian, Syrian, or Arab nationalist." No, it says: "Oh Muslim." When we enter [a war] under the banner of Islam, and under the banner of serving Allah, we will be victorious.

Al_Qaradhawi

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jeudi 4 janvier 2007

Une exposition antisémite déclenche un tollé à Paris-VIII (journal Libération, avril 2003)

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hall de l'université Paris VIII


Une exposition antisémite déclenche

un tollé à l'université Paris-VIII

L'union des étudiants tunisiens se voulait propalestinienne

Armelle THORAVAL

 

«La communauté universitaire ne saurait cautionner de tels actes, qui représentent un appel à la haine raciale.» La direction de Paris-VIII.
Selon les uns - des étudiants -, ce serait le signe d'un climat détestable profondément installé au sein de l'université Paris-VIII, «car dans cette fac, ça fait deux ans que l'on amalgame étoile de David et croix gammée». Selon les autres - des professeurs -, l'université Paris-VIII, située à Saint-Denis, est parfois le théâtre de dérapages, qui ne reflètent en rien l'ensemble du campus.

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croix gammée et étoile de David sur une table d'élève d'école
élémentaire à Naplouse en novembre 2001 (source)

Feu aux poudres. Quelle que soit l'évaluation, une exposition temporaire organisée de mardi à jeudi derniers par les représentants de l'Union générale des étudiants tunisiens (Uget) a suscité «écoeurement», «dégoût», «indignation» par son caractère «ouvertement antisémite». Le contenu de cette exposition a eu suffisamment d'impact pour que le président de l'université, Pierre Lunel, annonce son intention de saisir le tribunal de Bobigny d'une plainte pénale, probablement pour incitation à la haine raciale. Le choix procédural sera arrêté aujourd'hui.

Sur le papier, l'objet administratif de cette exposition était la «journée de la terre», célébration du 30 mars pour protester contre l'annexion de terres palestiniennes par les autorités israéliennes. Le directeur de cabinet du président de l'université se souvient que les organisateurs avaient également évoqué, par oral, la guerre contre l'Irak.

Mardi dernier, dans le grand hall d'accueil blanc de l'université qui fait face à l'entrée du métro, lesliv_palestine1 arrivants découvrent deux rangées de panneaux. Du sang, en abondance, des cadavres tuméfiés, l'horreur : une série de photographies qui auraient été prises après l'assaut de Jénine (printemps 2002) couvre une partie des panneaux. Des clichés mis en relation avec des affiches sans ambiguïté : de longues citations du négationniste Roger Garaudy (extraites de Palestine : terre de messages divins), une caricature d'un George W. Bush étranglant un Palestinien sous le rire d'un Ariel Sharon ricanant, nez proéminent, étoile de David au revers de la veste.

D'autres dessins s'en prenant à «la figure du juif éternel, tel que croqué en 1941», relate Daniel Lefeuvre, enseignant d'histoire, l'un des premiers à avoir protesté auprès de la présidence de l'université. Ou encore le détournement de citations d'auteurs israéliens, alimentant la thèse du complot juif. Pierre-Yves Chapeau, directeur de cabinet de Pierre Lunel, fait alors prendre des photos. Le jeudi, toute discussion est impossible, l'Uget mettant la sono à fond pour empêcher tout dialogue. Le démontage de l'exposition s'achève avec les cris «mort aux juifs», sous l'oeil médusé des agents de sécurité et horrifié de quelques étudiants.

Pétition. Depuis hier une pétition circule pour mettre un coup d'arrêt ferme aux menées de l'Uget. Ses représentants nient tout en bloc. Ils n'auraient voulu qu'«apaiser les tensions», auraient soigneusement informé les responsables universitaires, n'auraient pas affiché de textes de Garaudy. La direction de l'université rappelait hier que «la communauté universitaire ne saurait en aucune manière cautionner de tels actes qui, loin de participer de l'esprit de paix (...), représentent un appel à la haine raciale». Pour les représentants de l'Uget, l'esclandre ne serait qu'une «manipulation» visant à interdire tout débat sur le sort des Palestiniens». La justice - pièces et témoignages en main – tranchera !

Libération, mardi 01 avril 2003



- le communiqué de protestation de l'UGET (4 avril 2003)

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mercredi 3 janvier 2007

réaction à un article de François Burgat (Michel Renard)

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Réaction à un article de François Burgat

Michel RENARD


Sur le site Oumma.com, François Burgat a publié, le 1er janvier 2007, un court article consacré à la place injustifiée, selon lui, que les médias en France accorderaient aux analyses critiques des "humeurs protestataires et (du) goût intempestif de la violence de l’immense majorité… de ces intégristes". Il écrit notamment :

- "Depuis le «psychanalyste musulman» qui a découvert (et qui le lui reprocherait !) tout le plaisir qu’il a à ne plus l’être, jusqu’au converti de fraiche date qui vient avec entrain, du haut de son soufisme tout neuf (ah… le bon soufisme !), pourfendre si opportunément la résistance du Hamas et du Hezbollah, sans oublier bien sûr la banlieusarde qui refuse d’être «soumise», l’imam adoubé par les généraux d’outre méditerranée, le roi de la caméra cachée régulièrement «infiltré chez les terroristes», le spécialiste des pathologies de la pensée musulmane et, de l’extrême droite chrétienne à l’extrême gauche marxiste, toute la cohorte des perdants récents de la politique arabe, venus sur le ton de l’expertise nous dire combien nous avons raison de penser tout ce mal de «nos ennemis communs», la palette sans cesse renouvelée des médiateurs «islamiquement corrects» de l’autre musulman s’enrichit et se renouvelle à l’infini.Chacune et chacun de ces hérauts de nos «autres» a bien évidement son charme, sa respectabilité et sa légitimité. Le problème est que leur fortune médiatique est trop souvent inversement proportionnelle à leur ancrage dans la population qu’ils sont supposés représenter. Et qu’ils ne doivent leur temps d’antenne qu’à leur capacité à occulter beaucoup d’autres visions, bien d’autres sensibilités, de multiples autres exigences, qui sont souvent celles de la vaste majorité de leurs concitoyens ou de leurs compatriotes, ainsi privés de voix." (...)

(François Burgat)


Pertinence intellectuelle et "représentativité"


- j'ai adressé au site le commentaire suivant :

as salam ‘aleikum

François Burgat - dont j’appréciais les analyses sur le conflit algérien dans les années 1990 mais dont je ne partage plus les vues sur l’islamisme international - écrit :

"Chacune et chacun de ces hérauts de nos «autres» a bien évidement son charme, sa respectabilité et sa légitimité. Le problème est que leur fortune médiatique est trop souvent inversement proportionnelle à leur ancrage dans la population qu’ils sont supposés représenter".

En vertu de quel étrange raisonnement la pertinence intellectuelle devrait-elle être liée à une quelconque "représentativité"... ?

Bien sûr, les médias doivent tenir compte des réalités sociologiques, mais la valeur du débat intellectuel n’est pas le reflet de la sociologie. Il importe de donner la parole aux porteurs d’une analyse critique qui n’ont pas forcément une "majorité" derrière eux.

Je préfère réfléchir avec les propos de ce "spécialiste des pathologies de la pensée musulmane" (je suppose qu’il s’agit d’Abdelwahab Meddeb), plutôt qu’avec les vociférations antisémites et négationnistes d’Ahmadinejad, président de la République islamique d’Iran...

wa salam

Hilal-Michel Renard

PS - Ce commentaire a été publié mais le lien avec ce blog a été censuré, bien sûr...


Meddeb_couv_2              Meddeb_couv_1

- Abdelwahab Meddeb, La maladie de l'islam, Seuil, éd. de poche, 2005.

- Abdelwahab Meddeb, Contre-prêches, Seuil, 2006.151_2929

Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète, né en 1946 à Tunis, a publié une vingtaine de livres. Il enseigne la littérature comparée à l'université Paris X-Nanterre et anime l'émission " Cultures d'islam " sur France Culture.






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mardi 2 janvier 2007

les chroniques radios de Leïla Babès

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les chroniques radios de Leïla Babès



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- lien vers les chroniques radios de Leïla Babès sur Medi1









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bibliographie de Leïla Babès

- Le voile démystifié, Bayard, 2004.

- Loi d'Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam, avec Tareq Oubrou, Albin Michel, 2002.

- L'islam intérieur. Passion et désenchantement, Al-Bouraq éd., 2000.

- L'islam positif. La religion des jeunes musulmans de France, éd. de l'Atelier, 1997.

- Les nouvelles manière de croire, éd. de l'Atelier, 1996.

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lundi 1 janvier 2007

La théologie de l'islam de France n'existe pas

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grand patio et minaret de la Mosquée de Paris (© MR)

 

La théologie de l'islam de France

n'existe pas

Michel RENARD

 

note sur l'histoire de ce texte

Ce texte a paru sous forme d'article dans le numéro "hors-série" de la revue Cités intitulé "L'Islam enislam_en_france_Cit_s France", sous la direction éditoriale de Charles Zarka, mars 2004. Mais il a été amputé de son introduction et son titre a été modifié... jusqu'au contre-sens.
Alors que j'avais titré "La théologie de l'islam de France n'existe pas", appelant par-là à la formuler en prenant le contre-pied de l'idéologie fondamentaliste et islamiste, la revue a choisi l'énoncé suivant "Lois de l'islam, lois de la République : l'impossible conciliation"...! Ce qui dénature le sens du texte, comme ma position profonde.

D'abord, je ne sais pas ce que sont les "lois de l'islam" (...?!), surtout en matière politique. Ce que je critique c'est la pensée des Frères Musulmans, l'islam "mode de vie", l'islam politique, l'anti-occidentalisme primaire... Tous éléments qu'on ne peut définir comme "lois de l'islam", mais seulement comme programme idéologico-politique empruntant le vocabulaire de cette religion. Cela n'engage en rien le croyant dans son rapport à Dieu. Ensuite, je suis tout à fait convaincu de la possible conciliation entre l'expression religieuse de l'islam et le cadre républicain et laïque de la vie en France.

Cette conciliation a tendance à se réaliser pratiquement, mais elle n'est pas encore parvenue à se penser théologiquement. Pour y parvenir, il faut commencer par chercher les expressions, dans la pensée musulmane elle-même, d'une vision de l'islam comme religion, c'est-à-dire un islam axé sur la verticalité du rapport à Dieu, au détriment de ce qui domine aujourd'hui, c'est-à-dire un islam-idéologie privilégiant l'horizontalité d'un conflit entre des hommes (la "communauté"... communautarisée) et d'autres hommes (l'Occident, les non-musulmans, etc.).

L'islam, dit «des Lumières» est une étape dans la restitution d'un islam-religion qui renoncerait au désir de puissance et aux utopies meurtrières de l'islam-idéologie. Car l'islam «des Lumières» plaide pour la non confusion du religieux et du politique, l'islam «des Lumières» plaide pour un rapport raisonné à la solution des problèmes sociaux (contredisant la politique du slogan chère aux islamistes, du genre "le Coran est la solution"...), l'islam «des Lumières» plaide pour une intelligibilité renouvellée du rapport aux "sources" (Coran, Tradition, droit musulman...) et une mise à jour de la théologie (1). Mais un l'islam «des Lumières» qui escompterait faire l'économie du conflit avec l'islam politique connaîtrait un sort identique au "réformisme" musulman (fin XIXe-début XXe siècle) : il s'enliserait et finirait par ne servir à rien.

Michel Renard
29 décembre 2005

 

(1) Trois références bibliographiques :

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- L'islam et les fondements du pouvoir, Ali Abderraziq (1925), La Découverte, 1994, et rééditions depuis. C'est le livre capital pour fonder, contre l'islam politique des Frères Musulmans, de Tariq Ramadan, etc., un islam libre de toute obsession mortifère à l'égard de l'autorité politique.

Alî Abderraziq (1888-1966), théologien égyptien, était docteur (cheikh) de l'université d'Al-Azhar et juge au tribunal islamique de Mansourah. L'islam et les fondements du pouvoir est son principal ouvrage. Il y prône une séparation radicale du spirituel et du temporel et montre que le Prophète fut un guide spirituel et non un roi de ce monde. Aucun "État islamique" n'a jamais existé, pas même aux premiers temps de l'islam.

 

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- Réformer l'islam. Une introduction aux débats contemporains, Abdou Filali-Ansary, La Découverte, 2003.refor38254 Une présentation de plusieurs auteurs, musulmans et non musulmans, qui participent à la reformulation intellectuelle du rapport de l'islam à la modernité.
Abdou Filali-Ansary, originaire du Maroc, vit et travaille à Londres. Chercheur et directeur de Prologues, revue maghrébine du livre, il est l'auteur de L'islam est-il hostile à la laïcité ? (Sindbad-Actes Sud, 1999).
La critique historique a été appelée, en contexte musulman, à affronter et à défaire (dans les deux sens du mot) un système de croyances construit à travers les âges et qui s'est révélé très efficace dans le détournement des idéaux qu'il était censé servir.

 

 

- Le politique et le religieux dans le champ islamique, Mohamed-Chérif Ferjani,ferjani_livre ferjaniFayard, 2005. L'auteur, né en Tunisie, ancien prisonnier politique dans ce pays, de 1975 à 1980, est aujourd'hui professeur à l'université Lyon-2. Son travail est une analyse contextuelle des termes qui fondent l'islam politique : oumma, califat, sharî‘a, versets normatifs, sanctions légales, amr, shura, tâ‘a... Il démontre que ces notions n'ont pas du tout le sens que leur prête l'islamisme aujourd'hui. En conséquence, le conflit avec la "modernité occidentale" n'est pas un conflit religieux mais un affrontement idéologique faisant violence au Coran. L'islam n'a pas de "langage politique". Excellente démonstration.

 

 

 

* le texte qui suit a été écrit au printemps 2003, avant les controverses relatives à la loi de laïcité contre le port des signes religieux à l'école.

 

La théologie de l'islam de France

n'existe pas

Michel RENARD

Affirmer que la théologie de l'islam de France n'existe pas, cela ne veut pas dire que les musulmans de notre pays n'ont pas de convictions religieuses ni que leur comportement se réduirait à une quête uniquement identitaire. Cela signifie, avant tout, que la singularité d'une présence musulmane massive et pérenne en Europe ne relevant pas de la confrontation politico-militaire comme par le passé, n'est pas accompagnée d'une mise à jour théologique ambitionnant de la penser et de la légitimer. Les controverses récentes entre musulmans internautes sur l'allégeance respective aux "lois de la République" ou aux "lois de l'islam" ont été dominées par l'option exclusive au détriment de la République, et non par l'effort de réflexion (ijtihâd) ou par l'interprétation personnelle (istihsân) pour examiner la complémentarité des deux normes.

 

Grand écart dans la conscience musulmane française

Le processus qui a conduit à l'auto-désignation d'une instance prétendument "représentative" de l'islam de France (CFCM) a vu des approbations de circonstances (1) de la laïcité et des valeurs de la République sans aucun aggiornamento des références religieuses qui, hormis celles de Dalil Boubakeur (2), ne font aucune place à la séparation du religieux et du politique.

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Sur le site internet Oumma.com, dans un sujet de discussion intitulé «Peut-on séparer la pratique de l'islam de la vie publique ?» en septembre 2002, le dénommé "Almoujahid" expliquait :
- «Une grande partie, malheureusement de nos frères et de nos sœurs pensent que l'islam peut se vivre uniquement dans la sphère du privé. C'est une idée qui va à l'encontre de l'essence même de notre religion, et remet en question les bases de la foi islamique. Cette croyance est considérée par beaucoup de oulémas comme une forme d'apostasie, de chirk [péché majeur consistant à associer quelque chose à Dieu]».
En l'absence de toute sociologie quantitative sur les sentiments des musulmans de France qui permettrait des constats rigoureux, on se contentera d'affirmer, par évaluation empirique, que ce genre d'énoncés est largement répandu parmi les fidèles engagés dans une fréquentation plus ou moins régulière d'un lieu de culte ou dans une activité associative.

ben_laden_2_12313_Leurs références religieuses s'enracinent trop souvent dans les clichés occidentalophobes des "Frères musulmans", des salafistes et autres courants rétrogrades de l'islam international fortement influencés par le wahhabisme (et les dollars) de l'Arabie saoudite ou par l'islamisme pakistanais. Quand elles ne communient pas dans la fascination pour la geste mortifère de Ben Laden... Ainsi, parmi de nombreux autres, cet anonyme "Ouadi" en novembre 2001 dans le forum de discussion du site Oumma.com, qui prenait ses distances avec le fondement idéologique de Ben Laden, mais s'exclamait :
- «C'est un homme. Il a méprisé cette dounya [vie terrestre], agissant sur terre, pour le Nom d'Allah. Il a tort. C'est clair. Mais sa sincérité, son courage laisseront de lui l'image de celui qui a dit non. Non au sionisme, non au communisme, non à l'Occident sûr de lui et dominateur, non aux mépris dont nous accablent nos tyrans. Non. Il a lavé en cinq minutes, cinquante ans de déshonneur. Arabes et musulmans, peu importe ce que nous pensons de Ben Laden, ce que je sais c'est que devant Allah, je témoignerai que cet homme a vengé mon honneur. Il a lavé mon honneur, sali et empiété par des mécréants et leurs serviteurs locaux. Merci Oussama. Tu as rendu justice. Je peux être fier d'être de ta communauté».

À l'automne 2001 et dans les mois qui ont suivi, l'identification au pathos jihadiste de Ben Laden s'est effectuée de manière fulgurante dans une fraction importante de la jeunesse musulmane des grandes villes et banlieues. Ce que représente l'écart intellectuel entre cette exaltation islamo-obsidionale et une acceptation musulmane de la laïcité dans un pays du cœur de l'Occident, est facile à imaginer...

 

Des dogmes exécrant la laïcité

On est donc en droit de s'inquiéter de la diffusion de discours, souvent euphémisés, qui dénient le caractère inédit de la situation de l'islam en France, et la commentent par le recours aux catégories du droit musulman (3) (et non de la citoyenneté) insérées dans le cadre d'une phase transitoire dont il faut, par tactique et momentanément, accepter certains inconvénients. En entretenant l'horizon utopique, qui libère de toute trahison à l'égard du "vrai islam" : un État islamique appliquant la Loi divine (sharî‘a).france

Il arrive ainsi que la laïcité, qui pose à l'islam un vrai défi, soit tout bonnement récusée. Ainsi l'anonyme "Ali-b", en décembre 2001 sur le forum de discussion du site Oumma.com, à propos d'une conférence sur la laïcité :
- «Il y en a marre de toutes ces discussions stériles qui ne servent pas les musulmans et encore moins l'Islam. Revenir aux sources en s'efforçant d'appliquer la souna du prophète et arrêtons de singer bêtement les non-musulmans en se donnant des airs intellectuels. La laïcité n'a rien à voir avec l'islam alors ta conférence on s'en fout. salam alaykoum».
Cette opinion est loin d'être isolée. Les deux participants qui suivent, "Houdayfa" et "beaugosse-59", l'approuvent :
- «Tout à fait d'accord... que dire à part que le laïque (comme le polythéiste) est passible de meurtre dans l'Islam ! "Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul". sourate 60, verset 4»
- «salam, ça va servir à quoi cette conférence ? à rien ! nique la laïcité française ! baise chirac et jospin , tous des fils de******de nazi !»

Passons sur l'indigence et la grossièreté... qui sont à mille lieux des traditions de l'adab (4) arabe, mais notons l'usage à contre-sens de la citation coranique. Houdayfa invoque un verset certes "dur" à l'égard de ceux qui ne suivent pas Abraham dans le choix du monothéisme, mais à aucun moment il n'est question de condamnation à mort. Les versets suivants précisent au contraire que : «Dieu ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion, et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Dieu aime les équitables.» (S. LX, v. 8).
Or, qu'est-ce que la laïcité sinon cette disposition qui garantit de n'être pas combattu à cause de sa religion et qui est équitable envers toutes les confessions ?

Mais ainsi va l'islam de France. La prime est trop souvent accordée à la surenchère dans la sphère militante. On rétorquera que ces propos sont marginaux. Pas tant que cela. Et surtout, ils ne trouvent urlquasiment pas réplique de la part desdits "représentants"... C'est là le plus préoccupant : la porosité du discours des "grandes" organisations à l'égard des conceptions fondamentalistes équivaut à un consentement tacite. Par inertie elles renforcent les options des courants salafistes ou des auteurs islamistes les plus évoqués aujourd'hui, tels que Youssouf al-Qaradâwî [photo], référence majeure du courant Frères Musulmans, ou le pakistanais Mawdûdî (mort en 1979). Leurs théories invalident par avance tout acquiescement sincère de la laïcité. Le premier écrit :
- «L'Islam rejette totalement cette fragmentation entre ce qu'on appelle religion et ce qu'on appelle l'État : du point de vue de l'islam, tout relève de la religion, tout relève de la Loi» (5). Et le second :
- «Là où il n'y a pas d'islam, il y a kufr [c'est-à-dire l'impiété fatale]» après avoir évoqué le musulman qui «est destiné à devenir le maître, [car] aucune puissance terrestre ne peut le dominer ou le subjuguer» (6).
Les professions de foi laïques des leaders du CFCM n'auraient de valeur qu'après un désaveu argumenté de telles déclarations. Et un effort de rénovation théologique. Ce n'est pas le cas.

 

Théologies de l'islam global et politique

L'UOIF, branche française des Frères Musulmans, a remporté les "élections" parmi les 4032 "grands électeurs" qui ont désigné la direction du CFCM. Mais à quel corps de doctrine s'alimente cette organisation ? Aux conceptions du fondateur des Frères Musulmans, Hassan al-Bannâ. Ce mouvement politico-religieux estalbanna né en Égypte en 1927 pour structurer la lutte contre l'occupation anglaise, limiter l'influence de la culture occidentale, et tenter de combler le vide consécutif à la disparition du califat (1924). À l'opposé d'une pensée cherchant à rééquilibrer la tension entre l'héritage spirituel et la modernité (ce qu'avait entamé le grand réformateur égyptien Mohammed Abdou), l'islam y est défini comme une idéologie globale axée sur le politique :
- «L'islam dans lequel croient les Frères Musulmans voit dans le pouvoir politique l'un de ses "piliers"» ; «l'islam est une Loi complète pour diriger cette vie et l'autre». Tout l'islamisme est annoncé dans ce credo : «l'islam, c'est la religion qui contient un gouvernement (...) Si l'on vous dit alors que vous faites de la politique, répondez que l'islam ignore de tels distingos» (7).

Comment adhérer à ce dogme et approuver en toute sincérité la laïcité ? D'autant que l'UOIF a fait présider le Conseil européen de la fatwa créé à Londres en mars 1997 par Youssouf al-Qaradâwî, successeur idéologique de Hassan al-Bannâ et théoricien acharné de l'islam global. Ce leader qui dispose d'une chronique hebdomadaire sur la chaîne al-Jazeera, vient d'écrire :
- «Nous ne saurions être croyants si l'islam ne devient pas notre mode de vie, si le Coran ne devient pas la Constitution de notre société, si la Loi de l'islam ne régit pas toutes nos affaires» (8). Comment considérer alors les musulmans vivant en Europe où le Coran n'est pas la constitution ? Comme de mauvais musulmans ? comme des croyants incomplets ? Les leaders musulmans français qui prennent la responsabilité de diffuser les idées d'al-Qaradâwî fabriquent des individus en scission mentale avec leur société et leur environnement culturel. Pour être crédible, l'UOIF doit choisir : ou la vénération doctrinale de "l'imâm martyr" Hassan al-Bannâ et les élucubrations islamistes de Qaradâwî (9) ou une pensée nouvelle intégrant la laïcisation de la référence religieuse. Faute de quoi, on sera en droit de lui imputer un double discours.

 

Tariq Ramadan et ses émules, un héritage revendiqué

SaidRamadanLe noyau idéologique d'un islam défini comme identitaire et global est propagé, dans une fidélité sémantique parfaite, par les héritiers familiaux du fondateur des Frères Musulmans. Le gendre de ce dernier, Saïd Ramadan [photo] (disparu en 1995), professait que :
- «l'islam fournit à l'humanité un système de lois complet et équilibré. L'islam n'est pas seulement une "religion" dans le sens où l'Occident entend ce terme. Il est plutôt un ensemble de règles pour la vie matérielle et spirituelle» (10).
Rabattre le rapport au divin sur un corpus de dispositions pratiques dont le respect obsessionnel tracerait les frontières de la vraie "communauté" résistant ainsi à l'Occident impie, constitue un réductionnisme aberrant de la spiritualité musulmane et de ses grandes élaborations théologiques. Mais il faut savoir qu'il s'agit souvent du premier discours qu'entend le jeune musulman cherchant à comprendre sa religion : les librairies dites "islamiques" en France fournissent préférentiellement ce genre de littérature (11).

Il est vrai que l'islam s'est historiquement constitué aussi comme une religion de l'ordre légal instituant une qualification par le fiqh de tous les actes, rapportée aux catégories du permis, du recommandé, de l'obligatoire, du blâmable et de l'interdit. Mais il n'est pas que cela : les grandes controverses théologiques (sur le Coran et la révélation, sur Dieu et la création, sur le libre arbitre, sur le rapport à la philosophie et à la raison...) et la richesse de l'expérience intérieure du soufisme (12) ont également structuré la conscience et le vécu des croyants. Par ailleurs, le déploiement dans une société sécularisée et face à la modernité intellectuelle, des références musulmanes portées jusqu'à présent par des sociétés patriarcales et dictatoriales, économiquement sous-développées, minées par l'analphabétisme et la sous-scolarisation, restées généralement à l'écart des sciences sociales et en proie aux crises identitaires, appelle un renouveau de l'intelligibilité. En France, seuls quelques intellectuels indépendants s'y sont vraiment attelés : Mohammed Arkoun, Leïla Babès, Abdelwahab Meddeb (13)...

Au contraire, Tariq Ramadan sans cesse présenté comme un "réformateur" (??), inscrit ses publications et213 sa prédication dans l'héritage assumé de son grand-père : «J'ai étudié en profondeur la pensée de Hassan al-Bannâ et je ne renie rien de ma filiation» (14). Il appelle à l'action sur la base de cet islam global censé apporter réponse à tout :
- «L'enseignement coranique est clair : croire, c'est agir ; et par conséquent l'islam, plus qu'un simple lien codifié entre le croyant et Dieu (une religion au strict sens étymologique de relier), est une conception et un mode de vie» (15). Dans le même temps, il prétend approuver le cadre républicain et laïque de la société française, l'État de droit, la démocratie et le refus du communautarisme.

 

Tariq Ramadan a cependant franchi la ligne des circonlocutions de tactique langagière dans un article de Libération ("Pas de loi contre le foulard", 7 mai 2003). S'adressant aux ministres Sarkozy et Ferry, il exige :
tariq_ramadan- «Il est impératif que sous votre impulsion se créent des espaces de dialogue entre les autorités politiques et les citoyens musulmans. Prendre langue avec les associations sur le terrain, penser une nouvelle politique sociale et urbaine, engager des programmes concrets relevant de la véritable démocratie participative de base. De plus en plus de Français de confession musulmane sont prêts à cet engagement...».
Singulière approbation de la laïcité que cette communautarisation religieuse du dialogue social... Le pouvoir républicain devrait donc négocier et composer avec les émules de Tariq Ramadan qui ont investi le terrain associatif depuis une dizaine d'années. Est-ce cela la conception "ouverte" de la laïcité. Ou bien ne serait-ce pas plutôt l'exacte définition de la stratégie islamiste telle que Gilles Kepel l'a caractérisée : «les intellectuels islamistes... abandonnant la stratégie de la "sanctuarisation" de l'Europe, décidèrent d'intervenir dans le champ politique européen, en se faisant les porte-parole de la jeunesse urbaine pauvre qu'ils dépeignirent pour l'occasion comme une "communauté islamique"» ? (16)

Il en va de même de ces militants qui, par tactique et tentative de séduction des interlocuteurs politiques et médiatiques, se prétendent "laïques" alors que leur idéologie est globalement celle des Frères Musulmans. Ainsi, à la suite des initiatives du printemps 2003 visant à faire émerger des instances de "musulmans laïques", le courant islamiste a réagi par la voix de Hakim El-Ghissassi, du magazine La Médina et du prétendu Forum des citoyens de culture musulmane, en récusant radicalement ces démarches :
- «Des musulmans laïques, ça ne veut rien dire» (17). Ah oui ? Ce qui ne veut rien dire, ne serait-ce pas plutôt ces «citoyens de culture musulmane»... qui ne seraient pas laïques ? Car la définition du citoyen en France est bien fondée sur la laïcité que je sache...? Donc un musulman qui revendique le titre de citoyen netchakhotine_couv peut être qu'un musulman laïque... En réalité, le recours au vocabulaire de la citoyenneté par des courants comme celui qu'anime Hakim El-Ghissassi relève de l'entrisme idéologique, rien de plus. On essaye de piéger la République en saturant de ses codes linguistiques un message qui lui est profondément étranger. Mais l'objectif est bien l'affirmation d'une position communautariste qui définit l'islam comme une globalité incompatible avec l'allégeance laïque de la citoyenneté française. Le parasitage sémantique du Forum des citoyens de culture musulmane relève plus du "viol des foules par la propagande politique" de Tchakhotine que d'une adhésion de principe aux valeurs de la citoyenneté républicaine. Les militants islamistes semblent toujours croire au «pouvoir magique de la lettre morte» que dénonçait Boris Pasternak.

 

L'avenir de l'islam de France se jouera sur la capacité à résorber un décalage. Celui existant entre les sentiments majoritaires d'individus croyants acquis à la sécularisation de la société française et attachés à l'individualisation du rapport au religieux d'une part, et les élaborations théologiques cherchant à donner aux musulmans un sens spirituel à leur "témoignage" (shahâda) dans ce nouvel environnement d'autre part. Contre la domination des références fondamentalistes portées par les organismes de l'islam militant et "institutionnel" (CFCM), il faut mettre en synergie le travail des intellectuels, croyants ou non, de confession islamique ou non, engagés dans la formulation d'un réel renouveau musulman rendant intelligibles et pourvoyeuses de sens, pour notre époque et notre société, les catégories du religieux islamique. Comme y appelait Mohammed Arkoun, il y a presque vingt ans : «Il convient, dans chaque cas, de montrer les limites, les défaillances d'une pensée qui prétend désigner le véritable Islam. Et cela en étendant l'analyse aux bases épistémologiques, en démontant la méthodologie, en soumettant l'appareil conceptuel à une critique historique et philosophique. On ne prêchera plus alors un retour illusoire à l'Islam "pur" des origines ; on retravaillera avec un "nouvel esprit scientifique" tous les "lieux" (topoï) du sens ouverts par le Coran» (18).

Michel Renard (publié en mars 2004)
directeur de l'ex-revue Islam de France,
auteur de Théologie de l'islam laïque (à paraître)

MR___Port_Cros___copie

 

notes
1 - Cf. le dossier «Liberté de conscience et apostasie» dans le n° 8 de la revue Islam de France, éd. Al-Bouraq, 2000, p. 47-66. Dans ce numéro, cf. aussi l'article critique de Leïla Babès «L'identité islamique européenne d'après Tariq Ramadan», auquel le mis en cause n'a toujours pas répondu...
2 - Dalil Boubakeur, Non l'islam n'est pas politique, Desclée de Brouwer, 2003.
3 - À la polarité dâr al-islam/dâr al-harb (territoire d'islam/territoire ennemi), on ajoute les notions qualifiant les statuts intermédiaires que peuvent revêtir différentes fractions de la terre des "infidèles" : dâr al-sohl (terre de l'alliance), dâr al-ahd (terre du traité), dâr al-amn (terre de sécurité), dâr al-dawa (terre de mission et de prédication). Toute cette littérature présente le défaut de subordonner le musulman à une appartenance, fictive, à un territoire de l'islam dont il n'est pas un ressortissant (d'ailleurs la formule la plus répandue est encore "islam en France" et non "islam de France"). Que devient la citoyenneté dans cette catégorisation ?
4 - L'adab recouvre à la fois les règles de politesse, de civilité, l'éthique et l'éducation.
5 - Dr Youssouf al-Qaradâwî, Pourquoi l'islam ? éd. Arrissala, Paris, 2002, p. 38. Al-Qaradâwî est vénéré par tout le courant dit "jeune musulman", en fait la mouvance liée aux Frères Musulmans de l'UOIF, de JMF (jeunes), de EMF (étudiants), ou du réseau Tariq Ramadan animé notamment en France par Fouad Imaraine (Saint-Denis) et par Yamine Makri (Lyon, librairie Tawhid). Le propos récent du leader de l'UOIF prétendant que son organisation ne fait plus allégeance à des oulémas étrangers mais désormais à Ahmed Jaballah, directeur de l'Institut islamique de Château-Chinon, relève du conte pour enfants...
6 - Abul ‘Ala Maudoudi, Comprendre l'islam, AEIF éditions, 1999, p. 34 et 27.
7 - Textes cités par Olivier Carré, Les Frères Musulmans (1928-1982), rééd. L'Harmattan, 2001, p. 36, 25 et 40.
8 - Dr Youssouf al-Qaradâwî, Pourquoi l'islam ? p. 21.
9 - Il suffit de lire le livre de Qaradâwî pour constater que le panégyrique que lui dresse Tariq Ramadan ne peut tromper que les ignorants : «Al-Qaradâwî est originellement de l'école de Hassan al-Bannâ et son aura dépasse toute affiliation à un groupe ou à une organisation [les Frères Musulmans passent leur temps à dire publiquement qu'ils ne sont pas Frères Musulmans...]. Son discours sur la femme, sur la démocratie dont il défend les principes en les inscrivant dans la philosophie politique musulmane, apporte un souffle nouveau» (L'islam en questions, avec Alain Gresh, Sindbad, 2000, p. 100-101). Quelle défense de la démocratie ? Qaradâwî ne peut à la fois dire que l'islam doit régir toute la vie, que le Coran est la constitution, que la charia islamique est la Loi sur laquelle se fondent tous les jugements (p. 25-26), revendiquant donc une normativité hétéronomique, et défendre la démocratie dont le principe est la souveraineté du peuple qui se donne à lui-même la loi...!
10 - Saïd Ramadan, Islam, doctrine et mode de vie, Centre islamique de Genève, éd. Tawhid (Lyon), 1993, p. 17.
11 - La librairie, puis les éditions "Tawhid" à Lyon, par exemple, se sont fait connaître avec la diffusion des brochures de Saïd Ramadan puis de ses fils Hani et Tariq.
12 - Éric Geoffroy, Initiation au soufisme, Fayard, 2003.
13 - Leïla Babès, Tareq Oubrou, Loi d'Allah, loi des hommes, Albin Michel, 2002. Abdelwahab Meddeb, La maladie de l'islam, Seuil, 2002. Voir aussi Abdou Filali-Ansary, Réformer l'islam ? Une introduction aux débats contemporains, La Découverte, 2003.
14 - L'islam en questions, avec Alain Gresh, Sindbad, 2000, p. 28.
15 - Tariq Ramadan, Être musulman européen, Tawhid, Lyon, 1999, p. 49.
16 - Gilles Kepel, Jihad. Expansion et déclin de l'islamisme, Gallimard, 2000, p. 202.
17 - Témoignage Chrétien, n° 3063 du 29 mai 2003.
18 - Mohammed Arkoun, "Avant-propos", in Essais sur la pensée islamique, Maisonneuve et Larose, 1984, p. 11.

 

- cf. le numéro de la revue Cités (2004) consacré à l'islam en France : il ne faut pas se fier au dessin de couverture, qui est LAMENTABLE...!, le contenu est en réalité très riche-:

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Posté par michelrenard à 17:35 - - Commentaires [1] - Permalien [#]